Lettres à Panizzi, t. II, p
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quelques pas de lui en sa qualité de secrétaire, et lui exprima uu regret poli. « Que voulezvous? dit Mérimée ; on ne peut pas faire boire un ministre qui n'a pas soif. » Le mot fit le tour des couloirs et charma tous les assistants, un seul excepté.
On vient de voir que Mérimée était secrétaire. C'est au début de la session de 1861 qu'on lui « joua ce mauvais tour », comme il l'écrit à Jenny Dacquin. Cette dignité le contraignait à une assiduité gênante et l'obligeait à dépouiller des scrutins : opération qu'il compare, pour le charme et l'intérêt, à celle d'écosser des pois. Il s'en dépêtra le plus tôt qu'il put. En sommj, Mérimée fut un sénateur médiocre. S'il a joué un rôle politique de quelque importance, c'est ailleurs qu'il faut le chercher.
Voyages, amitiés exotiques. — Liaison avec Panizzi. — Caractère de l'homme; ses ambitions secrètes. — Séjour à Biarritz et négociations avec Napoléon 111; leur résultai. — Mérimée parle en anglais au dîner du Literary fund; il est juré pour les papiers peints à l'Exposition de 1862. — Relations avec Palmerston et Gladstone. — Conclusion sur Mérimée diplomate.
Il avait gardé le goût des voyages, mais voyageait comme un homme d'autrefois, attentif aux maisons, aux plats, aux femmes, aux auberges, aux scènes de mœurs, indifférent à la beauté naturelle des lieux. En 1857 et en 1858, il visita l'Oberland bernois et fît plusieurs ascensions, à titre d'expériences, « pour mesurer ce qui lui restait de jambes ». Il ne paraît pas avoir trouvé sur ces hauteurs aucune sensation digne d'être relatée dans ses lettres. Il appelle cela « une vie de brute », et considère comme
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un bienfait l'ofîroyable fatigue qui l'empêche de penser, lorsqu'il se retrouve, le soir, dans une chambre d'hôtel, en tête à tête avec lui-même. Il ne réussit même pas à écarter les <( diables bleus », et les lettres qu'il écrit en ces mêmes occasions semblent indiquer un état d'àme assez misérable. A Madrid, il est entouré de femmes ; à Vienne, on le « lionise », on lui apporte des albums pour qu'il y laisse tomber une phrase. Bien que les adulations féminines l'affadissent et qu'il se prétende honteux de lui-même, on sent, au ton des lettres, qu'il est dans son élément. C'est surtout à Londres qu'il retourne avec plaisir, attiré par des relations d'amitié et par des affinités de nature, qui, du reste, n'ôtent rien à la liberté ni à l'acuité de son jugement. Mérimée n'est pas un « anglomane », mais il est un des très rares Français de ce siècle qui aient un pou compris les Anglais et qui aient su en tirer quelque agrément.
Il séjournait volontiers à Glenquoich chez son vieil ami Ellice. Il était reçu avec beaucoup de sympathie à Holland-House, noble maison qui rappelait tant de souvenirs. Une personne fort
remarquable qu'il voyait à Paris et à Londres était cette lady Ashburton qui inspira à la pauvre Mrs Carlyle une jalousie un peu ridicule. Elle aimait à réunir autour de sa table les penseurs et les hommes d'action, persuadée que de leur rencontre et même de leur choc une étincelle jaillirait. Intelligence hardie, curieuse, froide et claire, quelque peu hautaine, à cinquante ans elle n'en paraissait que vingt-cinq et disparut, comme foudroyée, sans avoir été touchée par la maladie ni par la vieillesse. Deux jours auparavant elle avait dit à Mérimée, en lui tendant la main : « A bientôt ! » Ce rendezvous hanta quelque temps l'imagination de l'écrivain.
Mais le préféré, ce fut Panizzi qui, pour être venu tard dans l'amitié de Mérimée, n'y prit pas moins la première place, parce qu'il lui ouvrit un nouveau champ d'étude, d'amusement et d'action très convenable à sa situation et à son âge, et surtout parce qu'il donna à ce brillant esprit une impulsion qui le rajeunit. Dans toutes les correspondances de Mérimée, je remarque une première période où il a toute