PANIZZI A BIARRITZ
commune delà France et de l'AnjLrleterre, action qu'il ju^^oait nécessaire à la constitution définitive de l'Italie. Mérimée remit à Tempereur une première lettre du diplomate improvisé, puis une seconde. Panizzi fut invité à Biarritz; c'était le terrain préféré de l'empereur pour la politique extra-officielle . L'administrateur du British Muséum déploya tous ses talents de bouffon et de courtisan. Bien des années après, j'ai encore trouvé l'écho des drôleries et des gentillesses de ce maître amuseur, qui, de son côté, parut s'amuser beaucoup. Il prit part à plusieurs excursions dans la montagne; il en fut l'âme et la joie. Il partit de Biarritz, radieux, enchanté de ses hôtes, et, si son voyage avait été un fiasco politique, nul n'en sut rien, pas même son visage.
La correspondance reprit ensuite, mais il ne semble pas que l'empereur s'en tourmenlilt beaucoup, car nous voyons qu'il garda huit jours une lettre de Panizzi sans l'ouvrir. Lorsque Mérimée était dans le Midi, les lettres passaient par M. Fould, et, après la démission de
M. Fould, par le docteur Gonneau. Qu'advint-il
de tous ces efforts, prolongés pendant deux ou trois ans? Rien, absolument rien.
M. Louis Fagan, dans la préface des Lettres à Panizzi, compare le rôle de Napoléon III, en cette circonstance, à celui que le duc de Broglie fait jouer par Louis XV dans le Secret du roi. C'est, je crois, méconnaître la diff rence des caractères et des situations. Admett^^ils un instant que l'empereur pût prendre plaisir à ce jeu dangereux, qu'il ne se sentît pas aussi parfaitement maître de sa politique étrangère avec des ministres comme Drouyn de Lhuys et Thouvenel qu'il l'était de sa politique intérieure avec un Billault ou un Rouher. Il connaissait trop bien l'Angleterre pour penser qu'une politique personnelle et secrète fût permise et possible à un ministre de la reine. Ce n'était donc pas des plans de conduite, ni des ébauches de traités qu'il demandait, mais des renseignements sur l'état de l'opinion, et, sur ce point, un numéro du Times lui en disait plus qu'une lettre de Panizzi. La plus élémentaire prudence lui conseillait même de n'accepter que sous bénéfice d'inventaire toute information qui lui parvenait