‹ Mérimée et ses amisChapitre 136 sur 160 · Correspondance avec la comtesse de Monlijo · texte numérisé non relu

Correspondance avec la comtesse de Monlijo

lion. Mérimée en fut ravi, mais il n'étendait pas cette bienveillance à tout le monde. Je m'étonnais de le voir, dans une lettre à Panizzi, montrer le plus tendre intérêt pour la santé de Ponsard. Le mystère s'est vile éclairci. 11. présidait alors l'Académie, et si l'un des immortels s'était avisé de mourir sous sa présidence, il aurait eu à prononcer son éloge et à recevoir le successeur. Le trimestre écoulé, Ponsard pouvait mourir.

Quand on lui parlait d'Octave Feuillet, il répondait que, pour sa part, il aimait fort Porison du Terrait. Quand on lui faisait l'éloge de Renan, il lui reconnaissait un joli coup de pinceau, un agréable talent de paysagiste idyllique, mais préférait « pour le sérieux » Peyrat et Charles Lambert. Salammbô parait : il s'excuse de l'avoir feuilleté. « En tout autre lieu, où il y aurait eu la Cuisinière bourgeoise à lire, je n'aurais pas ouvert ce volume. » Parmi les nouveaux venus, il ne s'humanise, ne s'entr'ouvre qu'avec About et Taine. Prévost-Paradol, qui, de loin, lui inspirait un peu de méfiance, lui plut lorsqu'il le connut à Cannes, par une charmante

SUR VICTOR HUGO. .'Un

simplicité à laquelle il ne s'attendait [)oint. La fille de l'écrivain des Débala l'intéressa et fit revivre en lui, comme il le raconte dans une lettre à la comtesse de Beaulaincourt % le désir qu'il avait eu d'adopter une enfant pour l'élever et jouir, en délicat, de sa grâce naissante et de son progrès intellectuel. C'eût été sa dernière volupté d'âme : il y renonçait à regret.

Quelqu'un, qui voulait l'agacer, lui prêta un volume de Baudelaire : il pensa en devenir enragé. Mais c'est à Victor Hugo qu'il réserve les épithèles les plus désobligeantes. Après avoir lu les six premiers volumes des Misérables, il donne son impression à la comtesse de Montijo : « Cela semble avoir été écrit en 1825.... Aujourd'hui ce style-là n'étonne plus, mais assomme

Hugo n'a pas un moment de naturel. Si ce livre était moins ridicule et moins long, il pourrait être dangereux. Tel qu'il est, il me semble inférieur de tous points aux romans socialistes d'Eugène Siïe. » La question qui se pose pour lui est celle-ci : « Victor Hugo a-t-il toujours

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