J.-J. AMPÈRE ET A. STAPFER. H
des dispositions pour la peinture au point que, sans avoir jamais rien copié, il fait des croquis comme un jeune élève et ne sait pas faire un œil. Toujours élevé à la maison, il a de bonnes mœurs et de l'instruction. »
L'idée de ce père qui voulait faire de son fils un avocat parce qu'il lui voyait des dispositions pour le dessin ne parut surprenante à personne, sauf peut-être au principal intéressé. 11 se mit à « faire son droit », sorte de lar^e chemin vague qui mène à tout. Il avait alors pour amis J.-J. Ampère et Albert Stapfer. C'était cet Ampère enthousiaste, un peu déséquilibré, qui courut partout, se cherchant sans se trouver, et qui eût été un des grands talents du siècle s'il s'était voué à rendre des sensations de voyageur, d'amoureux et d'artiste. Tel qu'il a été, il donne l'impression pénible d'un Pierre Loti, condamné par les fées à professer au Collège de France. Il était alors embarqué dans une passion ridicule pour Mme Récamier * : passion
1. Voir, dans la Revue des Deux Mondes du lij août 1879, les lettres à Mrs Senior; Mérimée y juge très durement Mme Récamier et lui attribue la transformation, l'avortement d'Ampère.
qui, à l'analyse, eût probablement donné cinq parties de rhétorique, trois de vanité et deux de désir. Au sortir du collège, il rêvait un divorce qui eut permis à l'ensorcelante quadragénaire de devenir sa femme. Mérimée devait s'amuser de cette aberration; Albert Stapfer s'en indignait.
C'est une aimable figure à évoquer que celle d'Albert Stapfer et d'un charme peu commun. Les dons littéraires abondent chez nous. Ce qui était fréquent au xviii" siècle et ce qui est introuvable au xix*, c'est un homme qui, pouvantmonter sur la scène, se contente de sa place au parterre, conseille, console, applaudit les acteurs, et jouit jusqu'au bout du spectacle, sans jalousie et sans regret. Quelques esprits de cette trempe faisaient autrefois un public : c'est pour eux. seuls qu'on imprimait. Albert Stapfer, à vingt ans, et le premier, traduisit le Faust de Goethe. Il était un des plus animés, un des plus brillants parmi les jeunes gens qui, de 1820 à 182o, cherchaient dans les littératures d'outre-Rhin et d'oiitre- Manchc de nouvelles formes poétiques et de nouvelles sources d'inspiration. De bonne heure