‹ Mérimée et ses amisChapitre 2 sur 160 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

du pince-nez. L'allure générale très raide. Probablement un diplomate anglais. »

(( L'Impératrice m'appelle pour me présenter. C'est Mérimée. »

Mérimée! Je ne sais si le public d'aujourd'hui se rend compte de l'effet que ce nom devait produire sur un normalien de la promotion de 1861. A partir de ce moment je fis tous mes efforts pour obtenir ses bonnes grâces, mais sans succès apparent. Se mé(iait-il? Pressentait-il un futur biographe? Je ne le pense pas; mais j'avais vingt-six ans, lui près de soixante-cinq. Jamais vieillard n'a moins fait la cour aux jeunes gens; c'était un des traits nobles de son caractère. Il s'en tenait à ses vieux amis qui, en général, étaient des lettrés plutôt que des littérateurs. Quant à la nouvelle génération, non seulement il ne faisait aucun pas vers elle, mais il ne l'encourageait pas à franchir l'espace qui les séparait. Cependant comme

PRRFACE. IX

j'avais la confiance de quelques -nns de ceux auxquels Mérimée avait, dès lon^lenips, accordé la sienne, je me suis trouvé en tiers dans des causeries presque intimes. J'y apportais, avec toute la modestie dont j'étais capable en ce temps-là, une paire d'oreilles très attentives et des yeux qui alors voyaient. Aussi m'est-il possible d'évoquer, comme une personne visible, vivante et toute prochaine, non pas sans doute l'auteur de Clara Gazul ou de Colomba^ mais l'auteur de ce dernier roman de Lokis à la lecture duquel j'ai assisté.

Mérimée est mort depuis plus de vingttrois ans. Le silence s'est fait autour de lui, interrompu à plusieurs reprises par la tardive réception de son successeur à l'Académie et par la publication de ses lettres aux deux « Inconnues » et à Panizzi Ce silence ne durera pas, et certains symptômes annoncent que le temps approche, qu'il est

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