‹ Mérimée et ses amisChapitre 98 sur 160 · AFFAIRE LIBRI · texte numérisé non relu

AFFAIRE LIBRI

rapport de M. noucly, procureur du roi, au garde des sceaux, rapport qui concluait à la nécessité d'une; poursuite, était, le 24 février, sur la table de M. Guizot. La révolution l'y trouva et le publia dans le Moniteur.

M. Libri, qui avait des annis partout, avait été averti à temps. 11 avait évacué sur Londres, avec une merveilleuse prestesse, toute sa bibliothèque, et lui-même mettait bientôt le Pas de Calais entre sa personne et la justice française qui le condamna par contumace à dix ans de réclusion et à la perte de ses titres et dignités, sur le rapport des experts, MM. Bordier, Lalanne et Bourquelot. Mais ses amis et ses patrons lui restaient fidèles. M. Libri avait eu •l'art de se donner pour victime d'une révolution qui n'était pas du goût do tout le monde, et cette persécution lui faisait une sorte d'auréole. M. Guizot ne voulait pas admettre que l'État eût pu être volé par un homme qui se proposait, disait-il, de faire de l'Etat son héritier. Les magistrats, répétait-on, s'étaient perdus dans le labyrinthe des détails techniques

et avaient commis de grossières erreurs; les

experts, ennemis jurés de l'accusé, et de vieille date, avaient mis leur compétence au service de leurs passions. Le parti prêtre avait voulu frapper en Libri l'Italien révolutionnaire et libre penseur; les rouges, flétrir un favori de M. Guizot. Tels sont les sentiments dont Mérimée se fit rinterprète dans une lettre adressée au directeur de la Revue des Deux Mondes et publiée dans le numéro du 15 avril 1852.

Obéissait-il seulement à une impulsion chevaleresque comme il l'écrivait à Mlle Dacquin et à Mme de Montijo? « J'ai manqué au précepte si juste de feu M. de Montrond, qui recommandait de se méfier des premiers mouvements parce qu'ils sont presque toujours honnêtes '. » M. Tourneux donne à entendre et diverses personnes m'ont confirmé qu'il y avait là-dessous une histoire de jupon. Ce qui est évident, c'est que les ennemis de Libri étaient aussi ceux de Mérimée, quoique pour des raisons fort différentes. Lui aussi, il avait été accusé, au début de sa carrière d'inspecteur général, d'avoir

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