Lettre à la comtesse de Montijo, 27 mai
LKTTRIO A FHANÇOIS BULOZ. 227
détourné un manuscrit [)récieux qu'il n'avait jamais vu et qui, s(3mljl<;-t-il, n'existait pas. Cntle accusation, si niaise que je n'ai pas cru devoir la mentionner comme un incident sérieux de sa vie, lui avait laissé un souvenir amer; à tort ou à raison, il imputait cette avanie ridicule aux élèves de l'École des chartes et s'imaginait que M. Libri était victime d'une calomnie analogue.
M. de Loménie trouve que l'article sur Libri rappelle la fameuse lettre de Beaumarchais à Goczman, classée comme une « étincelanle satire » (c'est le cliché d'usage) dans la mémoire de ceux qui ne l'ont pas lue. Oserai-je avouer que ni la lettre à Goczman, ni la lettre sur Libri ne me paraissent des merveilles? L'exorde de ce dernier morceau était spirituel et méchant, quoique un peu embarrassé par toutes les malices qui avaient voulu y trouver place à la fois. Mérimée rappelait le mot de Molière : « En France, on commence par pendre un homme, ensuite on lui fait son procès ». Il était trop facile de répondre que M. Libri avait été jugé et n'avait pas été pendu. Mérimée rappelait aussi
un mot de Benvenuto Cellini qui passait toujours le coin des rues at largo. C'est pourquoi, disait-il, M. Libri se défend de loin. » L'argument se retournait contre son client. Rien ne ressemblait mieux à un bravo italien, embusqué dans un angle obscur, que ce pamphlétaire infatigable, qui, du fond de sa retraite, inondait la France de brochures accusatrices. Enfin, au bout de quelques pages, le lecteur le plus bienveillant doit renoncer à suivre la discussion, s'il n'est initié à tous les mystères de l'art des Bauzonnet.
M. Buloz, fort loyalement, ouvrit la Revue (n° du 1*^' mai) à la réponse des experts, qui était peu spirituelle, mais assez probante. A son tour, Mérimée leur répliqua, en protestant qu'il n'avait nullement songé à mettre en suspicion leur honorabilité et leur bonne foi. Mais la justice s'était considérée comme offensée et elle cita devant elle le gérant de la Revue et l'écrivain. La colère de Mérimée contre la magistrature était extrême. On peut voir dans les Lettres à rinconnue comment il maudissait à l'avance ses juges. Donnant un tour espagnol à sa mau-