‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 11 sur 177 · LIVRE llll · texte numérisé non relu

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glace, le verrez-voiis avant moi, à travers les champs qui poudroient dans la tiède aurore des jours nouveaux?

Des pâturages suspendus aux glaciers, des rochers hérissés dont les plis ressemblent aux rides du front du lion, des forêts qui traînent leurs chevelures dans les abîmes : voilà maintenant les lieux qui me plaisent.

Surtout j*aime à remonter le cours des fleuves jusqu'à leur source. Je me laisse guider par les eaux jaunâtres, neigeuses, jusqu'à l'entrée des glaciers. Les portes ogivales en sont construites de pur saphir. Les voûtes transparentes d'émeraude servent à la fois de temple et de jpalais d*hiver à ma marraine, quand elle passe dans ces endroits écartés. A mesure que les fleuves encore nains jaillissent sous le seuil, je leur jette Jes sorts qu'ils emportent avec fureur, de chute en chule, jusque dans le fond des vallées. Souvent ce n'est qu'un brin d'herbe d'or ou de ven^eine. Je le vois qui surnage, sans qu'aucune tempête réussisse jamais à l'engloutir.

Cependant les monts sourcilleux se colorent, le soin de teintes pâles, roses, dorées ; ils semblent répondre à des signes entrevus par delà la terre, à des lueurs et à des pensées empourprées qu'ils échangent avec le ciel. sage! dis-moi quelle est la main qui touche ainsi leurs fronts? Quelle vue ou quel souvenir couvre de cette rougeur subite la face de ces vierges géantes? Réponds-moi clairement à cette question; surtout ne me dis pas que ce sont là des lueurs terrestres. C'est une pensée, te dis-je, qui les force de rougir. Cette pensée, quelle est-elle? La connais- tu?

La merveille de ce pays, Merlin (faut-il te l'apprendre?), ce sont les montagnes de neige éternelle ; car elles semblent, comme des divinités, régner sur toutes les autres. Le plus souvent elles se cachent, et tout à coup elles apparaissent éblouissantes d'un éclat que mes yeux ont peine à soutenir ; puis elles se dérobent de nouveau et s enveloppent de siknce. Leurs pieds bruns se montrent seuls sous le rideau des nuages plombés, et c'est ainsi qu'elles excitent tour à tour l'admiration et la terreur des hommes qui se glissent tremblants dans leurs ombres.

Soyons fiers, Merlin, d'avoir posé les premiers le pied sur leur neige immaculée. Pui?sé-je garder, comme elle, la blancheur de mon âme !

Tiens d'ailleurs pour certain que tous nos enchante- • mcnis seraient indignes de ces monts sacrés et les profaneraient. Aussi n'ai-je pas songé à exercer ici notre art. Je n'ai pas même voulu laisser la trace de mes pieds sur ces neiges vénérables ; pourtant j'y ai écrit ton nom. il brille comme un tison, dès que le jour se lève.

Quelle paix éthérée sur ces sommets 1 A peine ai-je atteint leurs gradins, roses, je me sens affranchie de la terre, oui, mon maître, affranchie de toi-même. Je me dis : Je suis libre. Ses enchantements ne viendront pas jusqu'à moi. La douleur, le regret, levain espoir, ne monteront pas sur cette cime, où touje existence s'arrête, où les majestueux sapins, devenus nains, rampent misérablement sur le sol et se cramponnent, désespérés, au rocher qui ne peut leur rendre la sève. Un peu

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