‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 12 sur 177 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

plus haut, 1 lierbe menue disparait elle-même. Là, Merlin, cessant presque de vivre, je suis heureuse.

Mais ces formes, ces images soiit trop grandes pour nous. Je m'y trouve presque aussitôt dépaysée. Cette grandeur démesurée me terrifie i et sitôt que j'ai atteint k cime, je voudrais fuir ce que je suis incapable de supporter sans vertige. Combien alors, du milieu de ces formes énormes qui me jettent dans la stupeur, je pense avec amour aux choses les plus petites I Jamais je nai tant aimé les plus humbles fleurettes qu'en me trouvant sur la cime du monstreux Wanguelé, qui regarde par-dessus Tépaule du SaintGothard lui-même.

Je vois le brin d'herbe, la fourmi, la goutte de rosée, puis je me retourne vers les sommets inviolés. En un clin d'œil je passe de celte petitesse à cette grandeur. Je me perds, dans cette contemplation de ce qu'il y a de plus chétif et de plus colossal. Mais je reviens toujours à ce qu'il y a de plus faible, de plus imperceptible. Je m'y repose de cette sublimité écrasante, je me reconnais dans la vie des éphémères.

Qu'y a-t-il de commun entre nous et ces monts immuables qui me consternent de leur impassible majesté? Us me donnent le vertige de la grandeur après le vertige de la petitesse. Pour les contempler en sûreté, j'aurais besoin de sentir dans mon cœur une force imperturbable, et c'est là ce qui me manque le plus. Je soupçonne que c*est du fond même de ce qu'ils appellent Dieu qu'il est permis de contempler, sans vertige, les précipices qui m'attirent.

Mais du fond troublé, chancelant de mon âme, je ne puis lutter avec les puissances des abîmes. Je ne sais à quoi me prendre ni où me retenir. Ravie et consternée, je crois tomber, d'une chute infinie, dans le gouffre qui dévore toutes choses. maître î ouest ta main chérie pour me retenir sur la pente?

Quel sculpteur, ô roi des sages 1 a fabriqué ces colosses assis, dont les pieds se baignent dans les abîmes et dont la tète couverte de frimas est au-dessus des nues? On les appelle dans le pays les sept Margraves. Qui les a couronnés de ces diadèmes de pierreries, pardessus leur peuple de Géants? Leur silence entrecoupé du craquement de Tavalanche m'épouvante. sonneries des troupeaux qui seules marquez. Theure dans ces lieux d'où le temps semble s'èlre retiré, montez jusqu'à moi ! Chèvres condjuites par l'enfant du berger, grillons du chalet, où êtes- vous?

VIVIANE A MERLIN

Cascades de Hazli, mois des anémones.

Qui a taillé, ô maître I ces escaliers dont chaque degré est un mont pour monter au-dessus de la nue? A quelle fête conduisent-ils? Le sais-tu ?

Page 1