LIVRE XXI
caresses au milieu de mille paroles gazouillantes. Plus d'une larme de bonheur avait coulé de leurs yeux. Merlin reposait sa tête sur le sein de sa bien-aimée. Elle le berçait et jouait avec les boucles de ses cheveux, si bien qu'il semblait sommeiller et rêver.
S'étant assuré qu'il rêvait d'amour, elle se lève doucement, prend son long voile, en enveloppe la ramée sous laquelle était couché l'enchanteur. Neuf fois elle marche autour du cercle qu'elle a tracé ; neuf fois elle répète les paroles magiques qu'il lui a enseignées; puis elle rentre dans l'enceinte, se rassied sur les fleurs^ et replace la tête de son bien-aimé sur son sein palpitant.
Enfin, il se réveille, ouvre les yeux ; et d'abord, il lui semble qu'il est muré dans une haute tour maitresse, bien crénelée par le haut, sans portes pour sortir, ni degrés pour monter ; et il se voyait couché, au fond d'une alcôve de marbre, sur un lit de soie et d'or.
« Qu'avez-vous fait, insensée ? Est-ce là le mariage promis? Que n'avez-vous attendu que Tabsence, la douleur m'aient tué? »
Viviane regarde Merlin en souriant. Qui le croira ? à ce sourire tombe le ressentiment de mon héros. A peine s'il lui fit un reproche de plus. Collé à ses lèvres, il lui disait seulemententre chaque baiser:
« Au moins ne me quitte plus, Viviane. »
Et Viviane répondait :
a Jamais.
— Mais pourquoi, cruelle, ra'avoir abandonné une fois ?
— Pour t'éprouver.
— Comment !
— J'étais jalouse.
— De qui donc?
— Des pierreries, des fleurs, des étoiles d^Isaline, de Psyché, de toutes les Belles; car toutes t'aimaient d'amour, et toi aussi tu les aimais. Maintenant, Merlin,, plus de pèlerinages, plus d'absence, T|ll ip'apparliens à moi seule. Je te verrai à toute heure ; tu ne verras que moi.
— Oui, s'écria Merlin, il n'y a que toi au monde qui puisses me tirer de cette tour.
— Pas même moi, mon doux ami. Tu es ici pour toutes les vies. »
Et elle lui apprit qu'elle avait tourné contre lui ses enchantements les plus forts, que la porte de la tour était murée, et qu'elle avait jeté la clef dans le gouffre des gouffres.
« Mais, ma chère âme, vous m'avez donc enseveli?
— Je me suis ensevelie avec toi.
— Suis-je mort ou vivant? demandait encore Merlin.
— Que t'importe?
— C'est vrai ! Je te retrouve. Je te vois. Que me fait tout le reste?
— Sois tranquille. Je serai souvent dans les bras. »