LIVRE XXi
Pendant ce temps-là, deux bourgeois qui passaient dans le \oisinage avaient vu ce qui venait d'arriver ; ils conversaient entre eux :
« J'avais toujours prédit, compère, que cela finirait ainsi.
— Moi, de même, répondait l'autre*
— Quand je voyais passer Merlin dans les halles, je lui disais : Mon fils, il t'arrivera malheur.
— Je le lui ai annoncé cent fois, de mon côté, lorsqu'il était petit. Mais quoi ! pas le moindre jugement dans cette cervelle dorée.
— Il est vrai qu'il pécha toujours par la judiciaire. De l'éclat, du brillant, du faux or, voilà tout.
— Se laisser enterrer vivant !
— Prendre un tombeau pour un lit de noce !
— Quelle pitié !
— Quelle sottise ! Yoilà comment finissent tous ces hommes d'imagination.
— Ce n'est pas à nous, compère, qu'on en ferait ainsi accroire I
— Dieu merci ! nous sommes des gens positifs, avisés, de père en fils, et nous savons à quoi nous en tenir sur le fort et le faihile des choses.
— Quand pareil événement arrive, vous savez pourtant que c'est signe de peste noire?
— Oui-dà?
— Et de pluie de sang et de guerre.
— Voyez-vous? je Tai entendu dire.
— Et (ïe pillage.
— Ohl ohl je le croîs comme vous. De pillage, avezvous dit? Allons enfouir nos ducatons d'Espagne.
— Et compter nos épices.
— Il n'y a, ma foi, pas un moment à perdre.
— Sus! sus ! nous touchons à la poterne. N'entendon pas la cloche du guet? ChutI oui, un carillon d'alarmes. Nous n'arriverons jamais assez tôt pour sauver notre avoir. Marchez donc, compère I »
L'amour dans la mort, voilà ce que personne n'a décrit depuis que les hommes ont inventé l'art de tout dire. Qui invoquerai-je pour m'assister dans ce récit? Personne ne peut me servir de guide. Je marche le premier dans ce sentier où m'abandonnent même les témoins qui m'ont accompagné jusqu'ici.
La tombe de Merlin (il faut bien avouer que c'était une tombe) ne ressemblait pas à celles où chaque jour vous ensevelissez vos morts. Au dehors un immense tu-