‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 130 sur 177 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

a menti, ses paroles ne sont que feintes. Avec lui ont « péri ses enchantements. »

« Et moi je vous dis : « L'enchanteur est debout ! et « il vous foule du pied. Pauvres roseaux, qui vous a faits « si fragiles? »

« Jeunes filles, qu'est devenu votre orgueil? Combien de fois vous m'avez refusé même un sourire, pensant : « Il n'est plus jeune, c'est un vieil enchanteur I »

« Et vous preniez la démarche des serpents, tandis que moi j'allais, le cœur pesant, m'asseoir à l'écart, au bord des mares, loin de la fêle. Qu'^vez-vous fait de votre orgueil? J'ai retrouvé le mien.

« Roses des bois, fleurs du printemps, vous ricaniez, quand je passais, et vous disiez : « Sa couronne est « tombée, son parfum est flétri I » répondez-moi. Qu'avez-vous fait de votre printemps? Le mien recommence.

(c Coupes qui circuliez dans le banquet à la fête du glaive, vous vous disiez : « Nous sommes encore pleines « jusqu'aux bords, et lui ses jours sont taris. »

« Coupes fragiles, qu'est devenue votre ivresse? Le vin de l'Éternel enivre encore ma coupe.

« Harpes qui retentissiez sous les doigts des Bardes, qu'avez-vous fait de vos accords? Oirsont vos échos dans la salle déserte? Ma harpe résonne ici; c'est vous qui vous taisez.

« Je sais une chanson à faire fendre les cieux d'envie et tressaillir la grande mer. »

A ces mots du prophète, la mer se prit à rire et toutes ses vagues étaient vertes de colère.

a Quelle est cette chanson? disaient*elles en battant le seuil et le couvrant d'écume.

— Je vois d'ici, répondit Merlin, un Océan auprès duquel vous n'êtes qu'une goutte d'eau dans le sable de Syrie.

— Voyez-vous quelque chose de plus beau que nous? s'écrièrent les étoiles.

— Je vois un ciel auprès duquel vous n'êtes qu'une étincelle sous la cendre d'un feu de berger. »

A ce moment le monde ayant fait de nouveau silence, Tenchanteur reprit avec plus de force :

« Qu'ils entendent ceci, Dieu et l'homme! Qu'ils entendent clairement ceci, le jeune homme et le vieillard :

a Je défie le tombeau ; il ne glacera pas mon cœur. Ce que je haïssais, je le hais deux fois plus. Ce que je méprisais, je le méprise cent fois plus. Ce que j'aimais, je l'aime mille fois plus.

« Je défie la nuit ; elle ne fera pas les ténèbres autour de moi.

« Je défie les aigles vo races et les vautours qui se repaissent du sang et de la chair des morts. Les aigles et les vautours sont venus, l'aile éployée, autour de moi me demander leur juste nourriture comme à tous les autres trépassés ; je la leur ai refusée, et ils ont fui avec un cri aigu dans les solitudes, sur la cime dénudée du rocher.

« Je défie le ver de teire , il ne fera pas de moi sa pâture.

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