‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 162 sur 177 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

tiuonpiie: o tiuompue:

Ils sonl fiais, les voyages des trois vies. D'autres reprendront le même chemin, mais non pas moi. Il m(S faut dire ici adieu à toutes les choses sereines qui m*onl donné la paix.

Amis, je remets entre vos mainç le rameau de coudrier qui m*a fait pénétrer dans le pays de Merlin sans crainte de m'égarer. Tenez ! voici les clefs des mondes enchantés. Ouvrez-les à votre tour. Vous savez maintenant comme la route est aisée à travei*s les salles innombrables de la maison de la justice.

M MëRLIN L'£NGUANTEDtl.

A l'endroit où je me suis arrêté, vous trouverez d'autres horizons que j'ai dû abandonner. Ils vous appartiendront dès que vous y aurez mis le pied.

Donnez à votre esprit l'essor. Quand vous aurez trouvé ces lieux nouveaux, vous penserez en vous-mêmes : « Ces lieux nous plaisent, ils en annoncent de plus beaux. Mais c'est lui qui nous les a ouverts. »

Pour moi, je m'arrête ; et je fais comme ceux qui se séparent d'un ancien ami qu'ils ont longtemps retenu sous leur toit, et qu'ils désespèrent de revoir; ils précipitent leur adieu, pour ne pas laisser aux larmes le temps d'arriver.

Cependant que devenait l'enfer privé de son chef?

L'enfer, devenu libre, sans tuteur et sans maître, se dévorait lui-même.

Jusque-là, le père de Merlin, avait conservé dans ; l'abîme un ordre, qui le rendait habitable aux maudits* Nul n'avait osé enfreindre un seul de ses commandements. Sa volonté régnait, c'était la loi de tous. Chacun savait quel était son supplice légitime et y restait atta^ ché. Chacun rendait exactement à la douleur ce qu'il devait à la douleur. Nulle usurpation dans l'éternelle chute. Il y avait une règle dans le désespoir*

Quand le chef des abîmes eut disparu^ d'abord tous

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les maudils le cherchèrent longtemps; car ils étaient accoutumés à son autorité, et ils ne croyaient pas pouvoir vivre un moment sans celui qui remplissait de sa pensée le vaste enfer.

« Où est-il? Quand reviendra-t-il?» disaient les maudits aux ténèbres.

Et les ténèbres répondaient :

« Nous ne savons où il est.

— Cherchez encore, reprenaient lesdémons; vousêtes ses conseillers.

— Nous avons cherché, répliquaient les ténèbres ; nous n'avons pu le retrouver. »

Alors un éclair de joie traversa l'enfer ; car chacun des maudits se prit à espérer qu'il remplacerait le chef des abîmes. Tous regardèrent à la fois d'un œil oblique du côté du trône funèbre; et, le voyant vide pour la première fois, chacun se promit de s'y asseoir, à la place de celui qui avait disparu.

Aussitôt celui qui était le plus près du trône infernal en monta les degrés et il cria :

« Consolez-vous! Je remplacerai celui que vous avez perdu, et serai pour vous un véritable père, ce qu'il n'a jamais été. Malgré les apparences, je suis plein de douceur. Obéissez-moi seulement, comme vous lui obéissiez. Tout ira bien. Je suis partisan du progrès. Je ferai des

réformes* »

C'est ainsi qu'il parla. Mais sachez qu'il n'y eut pas dans l'abîme une seule puissance, si petite qu'elle fût, qui n'entrât en fureur à ces mots. Le plus petit comme

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le plus grand, tous voulaient également, avec la même frénésie, être le roi de l'enfer. Et chacun de rugir : « Prenez garde ! il y a ici des anges déguisés. »

Ce fut alors une succession non interrompue de tyrans de Tablme qui passaient sur ce trône cfù nul ne pouvait se maintenir plus d'un moment. A peine l'un d'eux s'était-il montié, il était renversé et déchire par la foule. Mais, bien qu'il n'eût qu'un instant, il en profitait pour changer le vieil ordre élabli dans les tortures, en sorte que le mal se ravivait d'heure en heure; il changeait et se renouvelait, comme la roue d'un char entraîné par des chevaux ailés. Les supplices se succédaient avec une rapidité prodigieuse, ou plutôt ils étaient infligés, tous à la fois, au même moment, à chacun des damnés. Un long cri s'élciva. Tous les misérables disaient : « Où est l'ancien roi des douleurs*^ Son règne était plus juste. »

Et rien au monde ne peut donner une idée de la force de l'enfer tournée contre l'enfer ; il mettait à se détruire lui-même cent fois plus de fureur qu'il n'en mit jamais à détruire l'œuvre d'en haut, car il était dupe de tous ses pièges; les plus grossiers étaient ceux qui lui plaisaient le plus. Il tombait infailliblement dans toutes ses embûches.

Alors le plus chélif, le plus impuissant des démons, toujours rampant, toujours ricanant, Malacoda, s'écrie de sa voix sifflante :

« C'est à moi de régner.

— Non, répond Taillecosse, c'est à moi I

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