‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 37 sur 177 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

MARINJT

Déjà les jeux étaient oubliés depuis plusieurs semaines. Fatigué de la contrainte des Grands, Merlin était impatient de se rapprocher de la nature. Dans ce dessein il prit congé des rois et des dieux. Tout petit, il avait fait un vœu. Et lequel? De se retirer une saison, au milieu de ce qui restait des Grecs d'Homère, parmi les Pallichares, gens retombés en pleine barbarie et qui contrastaient le plus avec les habitants des cours. Ce vœu était sacré et Tempèchait de dormir.

a femmes! femmes! Combien faut-il que l'ignorance et les ténèbres se soient appesanties sur ces con-

trées, jadis la patrie choisie de la pure lumière, puisque vous ne savez plus même que vous êtes belles I II convient que je vous l'apprenne de nouveau par un exemple mémorable. »

C'est ainsi que tout plein de ses derniers souvenirs, il se parlait à lui-même, en traversant la Magoula, dans un champ de Mistra, où il s'obslinait à chercher les traces de la maison d'Hélène. Au milieu d'un sillon pierreux marchait lentement une jeune fille attelée par une corde à une chîïjrrue, à côté d'un âne et d'une vache efflanquée ; le laboureur avait le fouet levé sur les épaules d'ivoire de la jeune Grecque.

« Avance donc ! » criait-il.

Merlin la voit. Commander au laboureur d'arrêter, se précipiter sur l'attelage, délier du joug la jeune fille, fut pour lui l'ouvrage d'un instant. Il la conduit au bout du sillon, et l'ayant fait asseoir sur des touffes de renoncules, d'orchis, d^mmortelles et d'euphorbes, il lui dit:

a Comment se fait-il que vous traîniez ici la charrue dans ce champ même d'Hélène, en compagnie de cet âne et de ce bœuf, vous qui êtes la petite-fille de Miltiade, de Lèonidas, d'Ëparainondas, ou au moins de Philopœmène? »

Ces paroles ne firent aucune impression sur la jeune fille. Les noms glorieux prononcés par Merlin ne semblaient pas même entrer dans son oreille.

« Au moins vous savez votre nom ?

•^ Marina, répondit une voix tremblante.

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