‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 39 sur 177 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Telle fut en toute sincérité leur conversation. Pas un mot de plus ni de moins ; et qui pourrait y reprendre une seule parole? Voici pourtant quelles en furent les conséquences .

Peu de jours après, trois ou quatre, pas davantage, Merlin était sur les côtes de Morée, prêt à s'embarquer pour les Iles. Il venait de descendre de Piada (c'est un endroit fort malsain et semé de tlômos). A dix pas du rivage, un sac de peau distendu flottait à la surface de Tcau. Merlin croit s'apercevoir que ce sac s'agite par soubresauts, qu'Un mouvement convulsif, tantôt le renverse au-dessus des flots, tantôt, hélas! le plonge au fond du gouffre.

Sans délibérer, Merlin se jette à la mer. Le mouvement des lames chasse le sac palpitant sous une voûte basse, béante au pied d'un rocher rasant qui s'ouvrait en soupirail, à l'endroit le plus escarpé. Merlin suit à la nage ; il entre dans une caverne marine. Sous une coupole profonde, s'élève au fond une petite corniche, large au plus d'une coudée, seul endroit où le nageur puisse poser le pied. C'est là que vient échouer le sac de cuir. Merlin le saisit ; il le dépose sur la roche ; il l'ouvre à la hâte. Dieu du ciel ! le corps inanimé, glacé de Marina, retombe à ses pieds.

Que ne Ta-t-il laissée au milieu du sillon qu'elle aidait hier à creuser? Elle serait encore aujourd'hui pleine de vie. Elle lutterait encore de couleurs purpurines avec la mûre, avec la grenade, avec la fleur du caroubier, de Téglantier sauvage, et même avec Tincarnat de Tancolie, la plus belle des fleurs, qu aucun soleil ne peut faner. Et maintenant, la voilà le front glacé, les lèvres violettes, les cheveux souillés de sable, les yeux fermés pour toujours, sans souffle, sans mouvement. Pourtant, un dernier reste de chaleur n'axas abandonné le cœur.

Disons encore qu'en rasant les flots et pénétrant par l'étroit soupirail, la lumière teint d un sombre azur, violacé, ou plutôt cadavérique, tous les objets delà caverne, sans excepter le corps de Marina.

« Quel crime aflreux I s'écria Merlin, dès qu'il put parler. Mais il sera vengé! Non, jamais la mort de Malvina dans la grotte de Fingal, ni celle de Lucrèce à Rome, ni l'enlèvement d'Hélène, ni celui de Briséis, ni celui d'Yseult la blonde, ou de Genièvre (car aucune ne fut si belle 1\, n'auront eu d'aussi terribles suites. Stamboul, tu seras ébranlée sur ta basel »

En même temps qu'il proférait ces paroles, il frappait de ses mains celles de la jeune fille dans l'espoir d'y ramener un reste dé vie; et même il les couvrait de (ièdes larmes. Il lui fit des frictions aux tempes, an front, à la nuque; il lui fit respirer des touffes de serpolet, de thym, de lavande, qui heureusement tapissaient en abondance les flancs herbus de la grotte. Même il

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