‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 41 sur 177 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

était en septembre. Il donna tout à Marina... Lecteur, toi aussi tu es vraiment de pierre si cette situation ne t'arrache pas un soupir I Pour moi, je la connais; je la décris en détail pour l'avoir éprouvée.

Ils ne se parlaient plus : qu'auraient-ils pu se dire? L'un et l'autre, en se taisant, cherchaient à se voir. Mais à peine s'étaient-ils entrevus, la nuit épaisse, immense, humide, les couvrait de nouveau; et ils se perdaient, se retrouvaient pour se perdre cent fois encore en un instant. A la fin, l'obscurité l'emporta ; ils se sentirent murés dans les ténèbres par rOcéan.

Cependant ils se tenaient étroitement embrassés l'un Tautre; et poùvaient-ils rien faire de plus sage s'ils voulaient empêcher que la nuit, le flot, le froid, ne les séparassent pour l'éternité ?

Merlin pousse un cri; la terre s'émeut; un bruit extraordinaire roule sur sa tête comme si tous les troupeaux de bœufs de la contrée lui eussent répondu par leurs mugissements. C'était le flot que vomissait avec furie la bouche de la caverne. Dieu sait quel écho r horrible mugissement trouva dans leurs cœurs !

Ainsi le jour passa; plus cruelle la nuit s'écoula jusqu'à l'aurore, et Marina tremblait sous le manteau de Merlin. Il voit, non pas une aurore, mais une ombre, une lueur, un point blafard, plus pâle, assurément, que la lumière qui apparut au Cyclope, quand son œil unique fut crevé et se répandit en un torrent de larmes.

Deux fois la \ague, en se retirant par le soupirail, laisse glisser le jour; deux fois elle Tengloutit presque aussitôt. Si nos deux naufragés doivent survivre, il faut qu'ils choisissent un de ces courts instants où le dos de rOcéan se creuse en vallée. Sinon, comment éviterontils d'être brisés tous deux contre la voûte dentelée du rocher?... Mais déjà Merlin a saisi la jeune fille par la corde qui lui sert de ceinture. Profitant du remous des flots, tantôt s'aidant d'un bras, tantôt frappant des pieds, avalant, rejetant Teau salée, il lui a fait revoir la lumière du jour. Sous la voûte du cfel, il Ta déposée sur la plage unie, près d'une tortue qui regagnait son gilc, parmi des ajoncs et des asphodèles.

« Saint Georges! s'écrie Marina.

— Reconnaissez-moi, dit Merlin.

— Heureuses les filles des ruines ! Pour nous, il en coûte trop de vivre.

— Dût celte terre être ébranlée jusqu'en ses fondements, les choses changeront. Mais qui a fait le crime?

— L'Émir I »

A ces mots parut sur la grève un homme en turban de mousseline, l'œil vif, les joues pâles, qui vomissait d'affreuses imprécations. Tout ce que l'on pouvait démêler, c'est qu'il se plaignait avec fureur qu'on eût ouvert le sac qu'il avait cousu de ses propres mains et confié à la discrétion de l'Océan. Il s'apprêtait à le reprendre.

« Quel droit avez-vous sur cette femme? demanda Merlin.

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