‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 42 sur 177 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

— 3Ies yeux Tont rencontrée : voilà mon droit. » Il s élança pour la saisir.

Plus prompt que Téclair, Merlin la couvre de son corps. Ici commence une formidable lutte. Rien de $«;mblable né s*était vu depuis le combat de lange et de Jacob. Les cimeterres des deux adversaires s'étaient luises à la poignée. Restait à chacun d'eux un poignard recourbé, engagé dans leur ceinture. Mais quoi! leurs ))i*as entrelacés ne peuvent s'en semr. A ce moment suprême, Merlin renverse le Sarrasin et lui met le genou sur la poitrine.

« Vous Taimez avec fureur? lui dit-il.

— Les regards d'un autre ont souillé son visage, il fallait qu'elle mourût.

— Ces regards sont les miens... Vous vouliez donc l'épouser?

— Par Allah ! c'est à peine si j'en ferais mon esclave. Elle est si maigre I »

Indigné, Merlin pensa faire payer de la vie à l'Osmanli ce dernier blasphème ; mais, se ravisant par un effort magnanime, il le laissa vivre.

« Allez, vous qui blasphémez, soyez un vivant témoignage de la mansuétude de Merlin. Ce n'est pas dans un combat singulier que vous devez périr. Vivez, mais faites-vous chrétien. »

Et le mécréant, qui avait montré une si froide barbarie, allait mourir, quelques semaines après, de colère et d impiété, dans le couvent de Vourcano.

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Cependant, au cri terrible qu'avait poussé Merlin, les peuples du voisinage s'étaient émus, et ils se hâtaient d'accourir auprès de lui. Il en vint des crêtes âpres de TArcadie, des rivages de Coron ombragés de lentisques, des cimes nuageuses de l'Acro-Corinthe, des grottes de Souli, des lies guerrières d'Hydra et de Psara. Il en vint aussi de Parga, de Londari et des pieds nombreux du Taygète. Il en vint du Pinde et de la Roumélie, les uns coiffés de turbans, les autres de calottes rouges, presque tous les épaules couvertes de peaux de mouton.

Dès qu'ils furent rassemblés, Merlin déchira en lambeaux Toutre de cuir; et, en faisant diverses parts, il les distribua à tous, en souvenir de la vengeance qu'ils avaient à exercer ; puis il leur dit :

« Si vos ancêtres ont combattu dix ans pour Hélène, vous n'hésiterez pas à commencer une guerre plus sanglante pour cette jeune fille (il montra Marina) dont la beauté surpasse infiniment celle de Tépouse de Ménélas^ Préparez-vous donc à la lutto. Attendez seulement que je vous donne le signal.

— A quoi reconnaîtrons-nous, seigneur, que le temps est venu, dit le Klephte Yorghi de Parga ?

— Vous le reconnaîtrez aisément à ceci : Quand le temps approchera, je vous enverrai pour messagers

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deux des principaux de mes bardes. René sera le premier et il viendra de France. Harold sera le second et il viendra de Bretagne. Si la victoire est incertaine, j'arriverai moi-même. Ne craignez pas alors d*attaquer Mahomet, le prophète. Car, moi aussi, je suis prophète. Écoutez. »

Le cercle de la foule se resserra autour de Merlin ; il continua ainsi :

« Prophétie de Merlin sur la Morée et sur les Iles.

« terre sacrée, tu es le trépied, je suis le barde. Je publierai d'avance ta victoire.

« Pourquoi ne suis-je pas né sur tes cimes? Jamais la . tristesse n'aurait approché de moi. Quand le vent d'hiver souffle sous mon toit, si ton nom seulement est prononcé, je souris même dans les pleurs, même dans la -fièvre, dans l'attente de la mort. C'est ainsi qu'une coupe vide, si on la remplit d'un vin empourpré de Corinthe, sourit à l'échanson.

« Un cri partira des ruines de Caritène et toute la terre s'éveillera en sursaut. Les tombeaux de Mistra enfanteront des klephtes, dont les flèches seront cent fois plus rapides que les flèches d'Ulysse. Le lion de Némèe rugira'; sa voix sera entendue dans la caverne de Souli.

<c Les anémones des montagnes d'Ârcadie seront enivrées de sang.

« Déjà je pourrais dire comment s'appelleront les chefs de guerre qui éveilleront la poussière des ancêtres. Je sais d'avance leur nom ; il plaît à mon oneille.

« J'ai entendu hier le dialogue de l'Olympe et de l'Œta.

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i»S MERLIN L'ENCHANTEUR.

Tous deux se racontaient, l'un à' l'autre, leurs victoires dans la langue frémissante des chênes. Cependant, les t)iseaux au bec d'airain volaient sur le sommet. Ils becquetaient la tête des braves tombés dans les ravins de Soyli çl de Missolonghi.

« Du pied j'ai frappé les tombes des Palseo-Chorios et ïes morts m'ont dit :

« Nous voici. » • ' ' ,

« terre des bardes/comment t'es-tu laissée dépouiller du myrte? Pourquoi lui as-tu préféré la ronce sauvage? Je sème ici dans tes vallées, sur tes rivages; l'herbe d'or qu*aucune tempête ne déracine. J'attache ici par la puissance de mon art, dans le gazon odorant; dans le bois d'olivier, dans le flot limpide, dans le dur rocher, dans l'antre de l'écho, dans les pieds rapides des hommes, dans les regards des femmes, l'enchantement qu'aucun magicien n'effacera jamais.

« Au mugissement du taureau de Missolonghi, s'ébranleront les rivages de France et de Bretagne. Le vaste royaume d'Arthus s'embrasera d'amour pour le vautour de Souli.

« De la cour de Marc de Cornouailles et de celle d'Arthus, viendront des porte-glaives et des archers au cri de la bataille. Ceux qui boivent l'eau de la Seine étancheront leur soif dans la maremme de Navarin.

« Et les femmes au clair visage dans tout l'empire d'Arthus se pencheront sur les balcons, pour demander des nouvelles de la mer de Messénie.

« Et Harold, le roi des bardes, passera la mer sur un

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