‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 61 sur 177 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

très enchanteurs avons appelés jusqu'ici TAtlantide ou les lies Heureuses, mais qui doivent changer de nom quand vous les posséderez ; car je vous en investis. Oui, sire, je vous les donne; et m'éme je vous en indiquerai volontiers le chemin, à condition, toutefois, que vous me promettiez de n'imposer à ces peuples nouveaux qu'un joug de Qeurs. »

Alifantina se prit à rire :

« Mon cher Merlin, la joie du retour vous aveugle, je pense. Car les royaumes que vous me montrez là-bas, amoncelés Tun sur Tautre, sont de beaux nuages qui n'ont besoin d'autre pasteur que du vent d'Arabie.

— Me croyez-vous enchanteur ?

— Oui, certes.

— S'il en est ainsi, poursuivit Merlin, je vous répète que ces nuages sont de beaux et plantureux royaumes où abondent les fleuves, les forêts, les mines d'or, de rubis, principalement les solitudes telles que vous les préférez.

— En effet, balbutia Alifantina après avoir considéré le spectacle qui s'offrait à ses yeux, il me semble que j'aperçois là-bas sur cette plaine d'opale un trône d'or, à mille degrés de topaze. Je croirais volontiers que mon ancien royaume n'est rien en comparaison de celui que vous me montrez, pourvu qu'il soit réel. D'ailleurs il est bien loin d'ici ; comment y aborder?

— Quand vous le voudrez, sire, je serai votre pilote.

— Où mettrons-nous le cap ?

— Au ponant. »

Pendant qu'il parlait, Merlin jetait dans la mer une rame, un aviron, trois touffes de nymphaea qu'il venait d'arracher, son vieux bâton d'enchanteur, une gourde de pèlerin, et il souffla sur la face des eaux dans la direction du couchant.

« Maintenant, ajouta-t-il, la route est tracée ; vienne le pèlerin I » «

Comme on dresse aujourd'hui des pigeons qui portent en une heure, de Paris ou de Londres en Hollande, non plus des lettres ailées d'amour, mais le lourd Banknote de la placCy Merlin avait, dès ce temps-là, dressé des nichées d'oiseaux qui allaient et revenaient sans cesse des promontoires les plus avancés de TAtlantide aux rivages d'Europe. Ils apportaient incessamment sur leurs ailes les messages des solitudes ignorées. Mais personne n'y faisait la moindre attention. Une de ces bandes vint à passer à tire-d'aile.

« Voilà, sire, vos ambassadeurs, » dit Merlin.

Le roi était visiblement ébranlé. Peu s'en fallut qu'il ne donnât Fordre d'obéir à l'avis du prophète.] Mais un de ses conseillers, qui craignait le mal de mer, s'approcha de lui et lui dit à l'oreille :

« Sire, écouterez-vous ces visionnaires, ces poètes, la peste des États? Voulez-vous qu'on dise un jour; « Le « sage Alifantina a quitté les Espagnes pour conquérir « un royaume de vapeurs? »

Le roi, qui ne craignait rien au monde, avait peur du ridicule ; l'observation du conseiller le décida à entrer à Cadix, non pas sans avoir ordonné qu'il fût fait men-

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