‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 64 sur 177 · LIVRE XYII · texte numérisé non relu

LIVRE XYII

VOUS des principaux bandits de la province. Figurezvous une longue gorge nue, armée de dents de rocliers, qui s ouvre çà et là sur des lacs de poussière et de sable. Cette gorge conduit en trois jours à la Véga de Grenade. (Si jamais vous suivez ce chemin, n oubliez pas, lecteur, comme cela m'est arrivé, vos provisions de bouche.)

A mesure que le voyage touchait au terme, Euphrosine était tombée dans la plus noire tristesse. Elle s'en ouvrit à Merlin.

« Ilélas! lui disait-elle, j'ai possédé jusqu'ici presque à moi seule le cœur du roi, et le moment est venu où je devrai le partager avec trois cents et peut-être trois cent cinquante femmes. Comment, seigneur, ne pleurerais-je pas? »

Merlin lui répondit :

« Ne voyez pas, madame, tous les malheurs à la fois. U arrivera peut-être beaucoup de choses qui feront tourner votre tristesse en joie. On ne peut être heureux qu'à force de raison.

— Vous me fortifiez toujours, Merlin. En ce moment surtout je voudrais vous croire. »

Une chose remplit d'étonnement Ahfantina dès qu'il se vit près de Grenade î aucun de ses muets ne vint au-devant de lui. Ce mystère s'expliqua lorsqu'il entra dans l'Alhambra. Les plus belles de ses femmes, Carmen, Lindaraja et plusieurs autres, avaient été enlevées les nuit» précédentes, et les ravisseurs avaient eu limpudence de laisser les échelles de soie pendantes

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encore aux balcons des fenêtres. Euphrosine en versa des larmes de joie. Alifantina ordonna de coudre dans des sacs de cuir tous les habitants et de les jeter dans le Darro, nouvellement grossi par les pluies d^automne.

Merlin Ten dissuada : « Pourquoi ensacher et engloutir tout un peuple? Passe encore pour ceux qui tressaient des échelles de soie ! » Il se faisait fort de prouver que les meilleures appartenaient à un jeune étranger nommé don Juan de Ténorio. Et puis qu'avait à regretter celui qui possédait Euphrosine ?

Alifantina apaisé convint de tout. « Mais, dit-il, je renonce désormais aux longs voyages. C'est ici, dans ces lieux, que je veux passer ma vie. »

Il dit, et commanda à Merlin de lui bâtir un château de plaisance où il pût se consoler de la fragilité humaine.

S'inspirant des sentiments du roi des Espagnes, Merlin éleva une première enceinte de tours guerrières, qui jetaient l'épouvante autour d'elles, tant elles paraissaient menaçantes ot jalouses. Mais dans l'intérieur de cette enceinte il rassembla tout ce qu'il put imaginer de plus voluptueux : chambres de marbre, voûtes d'albâtre, jets d'eau murmurants dans des rigoles de porphyre, fleurs d'énlail épanouies sur des murs de jaspe.

Quand l'édifice fut achevé : a Sire, dit-il au roi, voilà ton palais. C'est à toi de faire qu'il te ressemble : au dehors la fierté, la puissance, la jalousie et même la sainte colère ; au dedans la paix, la douceur, la sérénité inal-

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