‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 65 sur 177 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

lérable du juste et la senteur divine qui accompagne ses pas. »

Ayant ainsi prodigué les ressources de son çirt pour enchanter ces lieux, Merlin s'abandonna lui-même à tout leur charme. Il perdait ses jours à errer de chambre en chambre, au bruit éternel des jets d'eau, comme s'il eût habité déjà le ciel des houris. Jamais son âme ne fut en plus grand danger, et je ne sais s'il n'eût fini par se convertir au mahomélisme, sans un incident qui l'arracha à ses vains songes pour le rejeter en plein dans la réalité. Il était dans la cour des Lions, et il dorait leurs crinières, lorsque l'ombre d'un nuage passa à ses pieds. Ce nuage venait du levant, peut-être de France; sans doute, il avait passé sur la tête de Viviane. II n'en fallut pas davantage pour le décider à renouer sa correspondance, seul monument positif qui nous reste de ces jours de rêverie et d'entière solitude. Sans ces monuments épistolaires, il m'eût été impossible, malgré les recherches les plus obstinées, de retrouver la trace des pèlerinages de Merlin, et moins encore de ses pensées. Mais par un bonheur extraordinaire, quand les matériaux de cette histoire manquent tous à la fois, mes héros eux-mêmes portent témoignage.

ir,0 MEUMN L'ENCHANTEUR.

MEIlUN A VIVIAMÏ.

Alhanibrfl, lonr Vermeille.

Aux Colonnes d'Hercule, pas un message de loi, Viviane, pas même ce simple mot que je Tavais demandé en suppliant! Malgré cela, en dépit de toi, mon cœur est dans les nues. J'ai une force d'espérance que tu ne dompteras pas.

En ce moment j'habite les tours vâ^meilles de l'Alhambra. C'est un palais que je viens de construire à la demande du roi de ce pays. La vérité est que je l'ai bâti à mon gré pour toi, pour moi, comme si nous devions en être les seuls habitants.

Tu sais, Viviane, combien est doux le babil de l'eau , sous les ombrages. J'îji placé des jets d'eau dans toutes les chambres, et j'ai t)rdonné à des lions de pierre de laisser tomber de leurs gueules, nuit et jour, des sources embaumées dans des bassins de vermeil. Bien entendu je n'ai pas davantage oublié les fraîches, paresseuses alcôves de marbre, si favorables aux songes et dont tu m'as toi-même donné autrefois l'idée. Tu penses aussi que je n'ai pas négligé les balcons et les tocadores^ d'où lu pourras te mirer à ton aise dans l'eau

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