‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 78 sur 177 · LIVRE xviti. m · texte numérisé non relu

LIVRE xviti. m

fois, tu es la lumière, la beauté, l'amour incorruptible.

Nos deux âmes sont éternellement unies. Quoiqu'elles semblent former deux êtres, elles n'en font vraiment qu'un seul ; et c'est notre destinée sur la terre de nous confondre toujours plus intimement l'un dans l'autre pour vivre dans le ciel, rayon formé de nos deux vies. Dis-moi si ce n'est pas là ta croyance?

Seulement nous avons à faire l'éducation l'un de l'autre avant d'entrer dans cette vie mystérieuse d'éternité où nous nous tiendrons à jamais embrassés et inséparables. N'as-lu pas, Viviane, pleine confiance dans celle liante religion où je vis retiré avec toi ?

DIANE DE SICILE A MERUN l' ENCHANTEUR.

Apprenez, Merlin, que moi seule je prends encore votre défense. Sans moi ma filleule vous aurait renvoyé vos lettres.

Est-il croyable que vous ne rougissiez pas de lui donner déjà quatre ou cinq rivales, toutes tirées de la lie des peuples, une Isaline, une Florica, une Nella, une Marina, une Dolorès, une sauvagesse même, si je ne nie trompe, dont la meilleure ne mériterait pas de dé^ nouer les cordons de ses souliers ? *

Tout le monde, à ma cour, est indigné ; les hommes fourbissent leurs armes, les femmes pleurent. Plus de chansons, plus de chasses même. A peine si, en un mois, on a entendu une fois le cor d'Obéron dans le carrefour.

Vous osez dire, mon fils, que vous n'avez rien à vous reprocher! vous prenez le ciel à témoin. Eh bien, moi, je vous crois, parce que je connais votre candeur jointe à votre science. Mais les autres vous croiront - ils ? Et n'est-ce rien que l'opinion des peuples? Songez donc, Merlin, que vous m'exposez à la raillerie des mondes.

De bonne foi, est-ce là une vie d'enchanteur? Répondez-vous aux espérances que la terre et le ciel avaient placées en vous ? Hélas 1 Merlin, je vois encore bien des misères, et, si vous le permettez, bien des déserts autour de vous ! Que ne les fertilisez-vous au lieu de compter les cils des yeux de Dolorès? Pendant les heures que vous avez perdues seulement avec Marina, vous auriez fait, sans peine, de l'Afrique un jardin.

Quant à la France l'honorée, il vous en coûtait peu d'ea tarir les larmes, au moins pour trois siècles. Dites-moi, l'avez-vous fait?... Vous vous taisez, Merlin ; il vaudrait mieux pleurer... Je laisse là le scandale. Il est grand, ô mon fils! vous pouvez m'en croire.

Et le chagrin, la honte de Viviane, ne les comptez vous pour rien? J'ai vu ses yeux se creuser, j'ai vu ses joues pâlir, sans qu'elle ait dit un mot. Pour la distraire, j'ai voulu la mener à la chasse. Tout l'ennuie.

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