LIVRE XIII. n
conduite dans sa cabane, où elle m'a montré ton berceau. J'ai pleure; elle a fait comme moi. Va! de telles larmes baigneront éternellement ces ruines.
Un peu après je suis entrée, ce qui ne m'était jamais arrivé, dans la petite église ; j'ai traversé le cimetière où presque tous tes compagnons d'âge sont couchés ; car on meurt vite dans ce canton. L'église était pleine de monde, à cause de la fête des morts. Le tintement de cette cloche, ce vieux prêtre que la solitude a rendu presque muet, ces prières étonnantes, ces voix d'enfants de laboureurs, cet encens brûlé par des mains rustiques, m'ont remplie d'une terreur qui me poursuit encore. •
Mais écoute la suite :
A la croisée des chemins, dans une niclie tapissée d'aubépine, construite par les bouviers, je trouvai, sur un pavois de roses sauvages, une jeune fille qui semblait une reine. Elle tenait dans ses bras un enfantelet couronné d'une auréole, et, à leurs pieds, des joueurs de chalumeaux leur chantaient des chansons.
Quelle est cette famille bénie? Je me suis élancée Tcrs elle.
c< Ëtes-vous une fée? ai-je dit à celle dont j'aurais Toulu baiser les pieds. Et cet enfant, où est son père? Pourquoi demeurez-vous, à la manière des oiseaux du ciel, sous ce toit de feuillée? Je suis la reine des fleurs; laissez-moi vous en couvrir et donnez-moi, sous votre manteau, une place pour celte nuit. »
Mais elle, en me regardant avec sévérité :
« Viens-lu disputer avec moi? C'est moi qui suis la reine des fleurs du cieL Les tiennes viennent de la terre, un soleil les flétrit. Yal laisse-là ta guirlande. Tu as déjà fait pleurer l'enfant. »
A ces mots je me suis retirée, la tète basse, sans guirlande ; depuis ce moment, les paroles sévères de cette bouche divine m'accompagnent dans tous les lieux où je suis.
Qu'est-ce donc, ô roi des sages I que ce Christ qu'ils invoquent et dont tu ne m'as jamais parlé? Qu'est-ce que .cet ennemi qui le poursuit? Nous-mêmes, qui sommes-nous, toi et moi? Autrefois, ces questions m'eussent semblé insensées. Dès que mes yeux te voyaient, je répondais à tout. Aujourd'hui, le regard d'un enfant me trouble jusqu'au fond de l'âme. Parlemoi; soutiens-moi. Je t'aime, et cependant, je tremble; j'ai peur.
VIVIANE A MERLIN
Pierre des fées, mois des Tcrvcines.
Que ce mois s'avance lentement 1 en verrai-je la fin? Tu m'accuseras encore une fois, Merlin, de rêver au lieu de penser comme toi. Écoute, cependant, et prononce.