‹ MéropeChapitre 10 sur 80 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MÉROPE, ISMÉN7E, EURYCLÈS.

Eh bien ! Narbas ? mon fils ?

EURYCLÈS.

Vous me voyez confus ; Tant de pas, tant de soins ont été superflus. On a couru, madame, aux rives du Pénée, Dans les champs d'Olympie, aux murs de Salmonée; Narbas est inconnu : le sort, dans ces climats, Dérobe à tous les yeux la trace de ses pas.

Hélas ! Narbas n'est plus ; j'ai tout perdu, sans doute.

Vous croyez tous les maux que votre âme redoute ; Peut-être, sur les bruits de cette heureuse paix, Narbas ramène un fils si cher à nos souhaits.

EURYCLÈS.

Peut-être sa tendresse, éclairée et discrète, A caché son voyage ainsi que sa retraite : Il veille sur Egisthe ; il craint ces assassins Qui du roi votre époux ont tranché les destins. De leurs affreux complots il faut tromper la rage.* Autant que je l'ai pu j'assure son passage, Et j'ai sur ces chemins de carnage abreuvés Des yeux toujours ouverts, et des bras éprouvés.

Dans sa fidélité j'ai mis ma confiance.

* " Vers négligé. La rage des complots est un terme impropre." — r [La Harpe.)

EURYCLES.

Hélas ! que peut pour vous ma triste vigilance ? On va donner son trône : en vain ma faible voix Du sang qui le fit naître a fait parler les droits, L'injustice triomphe, et ce peuple, à sa honte, Au mépris de nos lois, penche vers Polyphonte.

Et le sort jusque-là pourrait nous avilir !

Mon fils dans ses E'.ats reviendrait pour servir !

Il verrait son sujet au rang de ses ancêtres !

Le sang de Jupiter aurait ici des maîtres !

Je n'ai donc plus d'amis ? Le nom de mon époux.

Insensibles sujets, a donc péri pour vous ?

Vous avez oublié ses bienfaits et sa gloire ?

EURYCLES.

Le nom de votre époux est cher à leur mémoire :

On regrette Cresphonte, on le pleure, on vous plaint;

Mais la force l'emporLe, et Polyphonte est craint.

Ainsi donc, par mon peuple en tout temps accablée,

Je verrai la justice à la brigue immolée;

Et le vil intérêt, cet arbitre du sort,

Vend toujours le plus faible aux crimes du plus fort.

Allons, et rallumons dans ces âmes timides

Ces regrets mal éteints du sang des Héraclides ;*

Flattons leur espérance, excitons leur amour.

Parlez, et de leur maî.re annoncez le retour.

EURYCLES.

Je n'ai que trop parlé : Polyphonte en alarmes Craint déjà votre fils, et redoute vos larmes ;

* La Harpe blâme la métaphore des regrets éteints et rallumés. Il est probable qiu. Voitaiie ne l'aurait pas hasardée sans le vers fameux :

Et de David éteint rallumons le flambeau.

Ici l'imitation est doublement maladroite, puisque deux vers médiocres remettent en mémoire un vers sublime. Les regrets du sang sont, en outre, une expression qui manque de netttté.

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