‹ MéropeChapitre 38 sur 80 · ACTE III. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE V

L'interroger? qui ? lui ? sait-il quelle est sa mère ?

EURYCLÈS.

Nul ne soupçonne encor ce terrible mystère.

Courons à Polyphonte ; implorons son appui.

NARBAS.

N'implorez que les dieux, et ne craignez que lui.

EURYCLÈS.

Si les droits de ce fils au roi font quelque ombrage,

De son salut au moins votre hvmen est le gage.

Prêt à s'unir à vous d'un éternel lien,

Votre fils aux autels va devenir le sien ;

Et, dût sa politique en être encor jalouse,

11 faut qu'il serve Egisthe, alors qu'il vous épouse.

NARBAS.

Il vous épouse ! lui ! Quel coup de foudre, ô ciel !

C'est mourir trop longtemps dans ce trouble cruel ! Je vais...

NARBAS.

Vous n'irez point, ô mère déplorable !

Vous n'accomplirez point cet hymen exécrable.

Narbas, elle est forcée à lui donner la main. Il peut venger Cresphonte.

NARBAS.

11 en est l'assassin,

Lui ? Ce traître ?

NARBAS.

Oui, lui-même ; oui, ses mains sanguinaires Ont égorgé d'Egisthe et le père et les frères : Je l'ai vu sur mon roi, j'ai vu porter les coups ; je l'ai vu tout couvert du sang de votre époux.

Ah ! dieux !

NARBAS.

J'ai vu le monstre entouré de victimes ; Je Pai vu contre vous accumuler les crimes : Il déguisa sa rage à force de forfaits ; Lui-même aux ennemis il ouvrit ce palais, Il y porta la flamme ; et parmi le carnage, Parmi les traits, les feux, le trouble, le pillage, Teint du sang de vos fils, mais des brigands vainqueur, Assassin de son prince, il parut son vengeur. * D'ennemis, de mourants, vous étiez entourée ; ÏLt moi, perçant à peine une foule égarée, J'emportai votre fils dans mes bras languissants. Les dieux ont pris pitié de ses jours innocents: Je l'ai conduit, seize ans, de retraite en retraite ; J'ai pris, pour me cacher, le nom de Polyclète : Et, lorsqu'en arrivant je l'arrache à vos coups, Polyphonte est son maître et devient votre époux !

Ah ! tout mon sang ce glace à ce récit horrible.

EURYCLÈS.

On vient : c'est Polyphonte.

O dieux ! est-il possible ?

(à Narhas.) Va, dérobe surtout ta vue à sa fureur.

* Il fallait que Polyphonte, pour produire cette illusion, fût bien habile ou ses témoins bien peu clairvoyants. Depuis quinze ans le pouvoir de Polyphonte repose sur cette erreur ; mais comme l'invraisemblance se rattache à des événements qui ont pré-édé l'action, la critique doit être indulgente.

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