ACTE PREMIER
ISMENIE
Grande reine, écartez ces horribles images ; Goûtez des jours sereins, nés du sein des orages.* Les dieux nous ont donné la victoire et la paix : Ainsi que leur courroux ressentez leurs bienfaits. Messène, après quinze ans de guerres intestines, Lève un front moins timide, et sort de ses ruines. Vos jeux ne verront plus tous ces chefs ennemis
* Voltaire avait mis d'abord images funèbres, qui rimaient avec ténèbres. Il a modifié ces deux premiers vers, parce que lts jours, quels qu'ils soient, sereins ou non, naissent tous des ténèbres par le passage régulier de l'obscurité à la lum.ère. C'est un scrupule de style uont il faut savoir gié à Voltaire, qui, du reste, dans Mêrope% a pris de la pureté du langage plus de soin que dans aucune autre de ses tragé lies. On sait que Voltaire eut d'abord l'intention de traduire fidèlement la tragédie de Maffei. Il y renonça par la suite, mais il avait commencé ce travail, dont le début a été conservé. Le voici :
Sortez, il en est temps, du sein de ces ténèbres: Montrez- vous, dépouillez ces vêtemeuts funèbres, Ces tristes monuments, l'appareil des douleurs : Que le bandeau des rois puisse essuyer vos pleurs Que dans ce j >ur heureux les peuples de Mesaène Heconnai.-^ent dans vous mon épouse et leur reine. Oubl ez te ut le reste, et daignez accep tr k.L ie scepa c ci la main qu'on vient vouo pi éventer.
Divisés d'inté'êts, et pour le crime unis, Par les saccagements, le sang, et le ravage, Du meilleur de nos rois disputer l'héritage. Nos chefs, nos citoyens, rassemblés sous vos yeux, Les organes des lois, les ministres des dieux, Vont, libres dans leur choix, décerner la couronne. Sans doute elle est à vous, si la vertu la donne. Vous seule avez sur nous d'irrévocables droits; Vous, veuve de Cresphonte, et fille de nos rois ; Vous, que tant de constance, et quinze ans de misère, Font encor plus auguste et nous rendent plus chère ; Vous, pour qui tous les cœurs en secret réunis...
Quoi ! Narbas ne vient point! Reverrai-je mon fils !*
Vous pouvez l'espérer : déjà d'un pas rapide Vos esclaves en foule ont couru dans PÉlide; La paix a de l'E ide ouvert tous les chemins. Vous avez mis sans doute en de fidèles mains Ce dépôt si sacré, l'objet de tant d'alarmes ?
Me rendrez-vous mon fils, dieux témoins de mes larmes ?
Egisthe est-il vivant ? Avez-vous conservé
Cet enfant malheureux, le seul que j'ai sauvé?
Ecartez loin de lui la main de l'homicide !
C'est votre fils, hélas ! c'est le pur sang d'Alcide.
Abandonnerez-vous ce reste précieux
Du plus juste des rois et du plus grand des dieux,
L'image de l'époux dont j'adore la cendre ?
* Voilà un caractère parfaitement annoncé, et qui se soutiendra jusqu'à la fin :
Servetur ad imum Qualis ab incepto processerit et sibi constet.
Les paroles d'Tsménie et l'exclamation de Mérope montrent que si la veuve de Cresphonte a de graves intérêts à soutenir, elle n'a qu'un sentiment dont son cœur est rempli, l'amour maternel. Ce début est d'un maître.