SAHEL
caillouteux, sablonneux et rouge, c’est le terrain que les Arabes appellent « el banni » A et qui provient le plus souvent de la décomposition des grès et des poudingues miocènes; le sâhel de Casablanca est presque entièrement constitué parce terrain, qui est particulièrement favorable à la culture de la vigne. La plante la plus caractéristique est l’asphodèle. Voici l’analyse d’un échantillon de terre de cette nature, prélevé aux environs de Casablanca : (1 2)
Analyse physique.
Siliceux..
Calcaires
Siliceux..
Calcaire
Cailloux
Gravier
Terre fine
Analyse physique de la terre fine sèche.
Sable siliceux fin
Calcaire .
Argile .
Humus .
(1) Quand il est Irès caillouteux « blâd harcha ». Cf Weissgerber, « Trois mois de campagne au Maroc », p. 195.
(2) Cette analyse a été faite par M. Hanra au laboratoire de Châlons-sur- Marne, naguère dirigé par mon père.
KHELÂ, TIRS
Dosage des quatre principaux éléments de fertilité de 1.000 gr. de terre séclie pourvue de son gravier.
Azote . 0 932
Acide pliosphorique . 1 453
Potasse . 4 106
Chaux . 15 439
Très souvent les calcaires miocènes ont résisté aux agents d’érosion et alors le sol prend un aspect rocheux (0 et devient peu propre à la culture. Il en est de même dans les lieux assez nombreux où la croûte calcaire si connue dans l’Afrique du Nord est venue cuirasser le sol. En ces endroits lepays n’est plus bon qu’à l’élevage : la plante caractéristique, dans ce cas, est le palmier nain qui du reste se trouve aussi sur le hamri*, La grande « khela », ou espace inculte qui s’étend dans les environs de la zâouia de Sais en est un bel exemple.
Enfin sur de vastes superficies, les divers agents d’érosion auraient remis à nu la chaîne hercynienne et alors la décomposition des schistes anciens aurait produit la terre , très argileuse, d’une couleur noire, tirant parfois sur le bleu et d’une fertilité exceptionnelle, connue sous le nom de « tirs » que Th. Fischer a le premier bien décrite avec tous ses caractères (1 2). Toutefois, ce savant ne pense pas comme Ilrives
(1) « Mkart » de Weissgerber, « Trois mois de campagne au Maroc »,
(2) Urquhart, « Pillars of Hercule », II, 102 et Quedenfeldt, dans « Yerli. d. Ges. f. Erdk. », 1880, p. 458, avaient déjà là signalé le tirs, comme terre noire, mais sans insister sur le caractère de cette formation. Weissverlier, « Cliaouia »,p. 439, semble l'avoir observé en même temps que Fischer, mais sa publication est postérieure. En tout cas, il est incontestable que c est à M. Th. Fischer que revient l'honneur de l’avoir étudiée et signalée à l’attention du public savant.
ORIGINE DES TERRES NOIRES
que cette terre noire provienne, au moins exclusivement, de la décomposition des schistes anciens. Tout d’abord il conteste que la répartition du tirs corresponde aux affleurements des schistes : à plusieurs endroits, dans les Doukkâla, dans les 'Abda, il a pu constater que la terre noire reposait soit sur un tuf calcaire, soit sur un grès coquiller pliocène, soit même sur une croûte calcaire ; suivant lui les régions occupées par la terre noire ne sont pas nécessairement des dépressions ; enfin il argue de la quantité considérable de grains de sables complètement roulés que l’analyse décèle dans la terre noire pour soutenir que le vent seul a pu constituer ces dépôts. Brives soutient au contraire que les portions occupées par le tirs sont des fonds de marais, des « fdîr » comme on dit dans l’Afrique du Nord. D’après lui, partout où apparaissent les schistes anciens, il se forme du tirs ; la grande quantité de matières organiques contenue dans ces terres le fait songer à quelque chose d’analogue à ce qui se passe dans nos tourbières; il ajoute qu’il y a des tirs ailleurs que dans les régions qui nous occupent, il en signale dans les marais des Béni Haçan (b. Il serait fort délicat pour quelqu’un qui n’est point spécialiste, de prendre parti dans une telle discussion. Si Brives établissait d’une façon péremptoire que l'on ne rencontre de tirs que là où il y a des schistes anciens, la question serait définitivement tranchée en sa faveur ; mais Th. Fischer conteste formellement cette assertion. La présence de nombreux grains de quartz roulés est ambiguë : le savant allemand en tire un argument en faveur de sa thèse, mais le savant algérien
(1) Pour cette discussion, voy. Brives, « Consid. géog. sur le Maroc Occcidental », in « Bull. Soc. Géog. Algér. », 1902, p. 167 seq. et Th. Fischer, in « Pet. Mitteil. », 1903, Heft. VII. (Zur Entwickl. u. Kenntn. d. Atlas-Vorlandes).
ORIGINE DES TERRES NOIRES
fait remarquer que ces grains de quartz roulés ne présentent pas au microscope les stries caractéristiques des sables éoliens (b ; ils auraient donc été roulés par les eaux : à cela, Th. Fischer ne manquerait pas de répondre en disant que le régime d’écoulement des eaux dans les vastes régions horizontales de ces pays rend cette hypothèse extrêmement improbable. La présence de terres noires formées manifestement par des marais dans d’autres régions, par exemple dans les Béni Haçan, n’est pas décisive non plus : car ainsi que le fait judicieusement remarquer Th. Fischer, de ce qu’une terre est noire, il ne s’ensuit pas qu’elle ait la même origine que le tirs des Châouiaetdes Doukkàla; on désigne toutes les terres noires par le nom de tirs comme on désigne toutes les terres rouges sous l’épithète de « hamri », et cela ne prouve évidemment rien au point de vue géologique. De ce chef la variabilité de la composition des tirs, déjà mise en évidence par les analyses de Th. Fischer, n’est pas concluante non plus. L’ahsence de tirs sur une bande qui longe le littoral et aussi le long de l’Oum er Rbîà milite en faveur de l’hypothèse allemande : dans ces deux régions les eaux auraient charrié le tirs. On ne peut tirer aucune conclusion bien ferme du fait que le tirs apparaît seulement par places et que ces aires sont irrégulièremen t disséminées. Sur l’origine des apports éoliens on ne peut également, faute de données bien précises, engager une discussion ferme.
Nous devons avouer que dans notre voyage de 1901, nous avions été frappé dans notre traversée des Chàouïa par l’horizontalité parfaite de nombreuses plaques de tirs. C’était dans la région des « skhoûr » : ces skhoûr sont des rochers qui s’élèvent au-dessus du sol horizontal et émergent
(1) Communication verbale.
ORIGINE DES TERRES NOIRES
pour ainsi dire comme des récifs de la mer. Le tirs vient buter , toujours horizontalement, contre le pied de ces « skhoùr » et ne s’accumule pas contre eux comme le ferait une dune. ATâmerrakchiyet, par exemple, dans les Châouïa, nous avons campé près d’un de ces rochers, et l’allure du sol
Fig. 39. - Les « sekhoûr » ; campement à Tamerrakchiyet, dans les Châouia
( Cliché de l’auteur)
que nous venons de signaler était frappan te ; nous devons ajouter qu’à côté le tirs formait une légère dépression dans laquelle se trouvait un fdîr où venaient s’abreuver les troupeaux. Tout cela nous avait paru plaider en faveur delà conception de Brives ; mais nous ne saurions avoir la prétention de trancher sur de simples impressions une question aussi délicate et sur laquelle des spécialistes éminents 11e sont pas d’accord.
Au cours de mon voyage de 1901, j’ai recueilli trois échantillons de tirs, également réputés pour leur fertilité,
COMPOSITION DES « TIRS
mais provenant de régions très différentes. Le premier échantillon est du tirs des Châouia, prélevé le 10 juin 1901 dans les Oulàd Sa'id, non loin du marabout de Sîdi 'Amâra s Semmâmi ; le deuxième appartient au tirs des Béni Hagan dont parle Brives : il a ôté prélevé dans les terres de formation marécageuse voisines du Sebou, au lieu dit El Iynitra ('Addi ou 'Ali), sur la première étape de la route de Melidiya à Méquinez, le 23 juin; le troisième, provient de la tribu d’El Rarb, au Nord de Fez et a été prélevé au lieu dit Klâba, dans la vallée de Sebou, le 8 juillet. Voici le
ésultat de l’analyse
physique de ces trois terres (0 :