TERRE
DES CHÂOUIA.
Azote .
Acide phosphorique .
Potasse .
Chaux .
(1) Th. Fischer, «\Y iss. Erg-ebn. e. Reise in Atlas. Vorl. von Marokko», p. 123; «M. dritte Forschungsreise in Atlas Yorl. von Marokko », p. 152.
COMPOSITION DES « TIRS
J. von Pfeil a également recueilli des échantillons de terres noires des Châouia 0) ; nous reproduisons ci-après les dosages qu’il a publiés; la terre A est un sable de dune noir et fertilisé par la végétation ; la terre B est une terre noire que l’auteur a retrouvée dans les principales contrées du Rarb et du Hoûz qu’il a parcourues ; la terre G est une terre noire des parties élevées de l’intérieur des Châouia, qui est très compacte et dure ; la terre D est une terre très noire, peu commune, formée par la décomposition de mélaphyres, suivant J. v. Pfeil; la terre E, enfin, est la terre noire ordinaire répandue dans tous les Châouia. Le géographe allemand estime que les terres noires du Maroc sont des produits de caractères analogues , mais d’origines très variées : il ne soutient pas la théorie de la formation éolienne.
Azote .
Acide phosphorique . .
Potasse .
Chaux .
Ce qui frappe dans les analyses de J. von Pfeil, c’est la grande teneur en azote. L’auteur n’a pas indiqué exactement comme l’a fait Th. Fischer, les localités d’où proviennent ses échantillons. Aussi, sans méconnaître en aucune façon la haute valeur des matériaux recueillis par J. von Pfeil, les appréciations qui suivent n’ont pour point de départ que
(1) J. v. Pfeil, « Begleihvorte z. Routenkart. m. Reisen in Marokko », dans « Mitt. geog. Ges. zu Jena », XXI, p. 53 seq.
FERTILITÉ DES « TIRS
nos propres analyses : les terres que nous avons recueillies sont pour chaque région des terres d’une fertilité moyenne ; les échantillons ont été prélevés dans des endroits où l’exploitation occupe une aire vaste et homogène ; la terre a ôté recueillie par pelletées, sur une profondeur convenable j à plusieurs endroits du même champ; le mélange a été fait intimement et trois kilogs de chaque ont été envoyés à l’analyse ; les prélèvements ont été faits après la récolte et dans des champs qui sont constamment cultivés.
Ces analyses sont un peu décevantes, si on considère 1 enthousiasme avec lequel on a parlé des terres noires dans ces derniers temps. Si nous comparons d’abord la terre noire de l’intérieur des Châouia (tirs) avec la terre rouge de la côte (hamri), on constate qu’à beaucoup de points de vue celle-ci n’est pas inférieure à la première. Elle en diffère essentiellement à cause de sa grande teneur en silice : c’est une terre sablonneuse, tandis que l’autre estime terre forte, argileuse; mais toutes les deux ont sensiblement la même teneur en humus, toutes les deux n’ont en azote qu 'une richesse médiocre; seulement la terre rouge peut être considérée comme riche en acide phosphorique, tandis que l’autre est plutôt pauvre; pauvre aussi cette dernière en chaux, élément important dans certaines cultures, comme celle de la vigne, par exemple. Si maintenant nous comparons cette terre noire à nos terres algériennes, nous jugerons qu’elle est moins riche en azote que la majorité des terres que l’on cultive en Algérie; elle est, comme elles, pauvre en acide phosphorique et riche en potasse; au point de vue de la chaux, la comparaison est plus difficile à faire, cet élément étant extrêmement variable. Pour fixer les idées je donnerai ici le dosage de quatre éléments dans une terre
FERTILITÉ DES « TIRS
de fertilité moyenne de la partie est de la Milidja (*) : Azote : 1,70; acide phosphorique : 0,54; potasse : 3,93; chaux: 5,81. C’est nn peu supérieur à notre terre des Châouia, au point de vue de l’analyse chimique ; voici d’autre part une terre d’une fertilité exceptionnelle de la môme région®: Azote : 2,08; acide phosphorique : 2,60; potasse : 6,23; chaux : 24,63, c’est beaucoup plus riche que notre tirs. Mais c’est encore très inférieur aux analyses de Pfeil. Comment expliquer cette contradiction? Je l’ignore : je ferai simplement observer que l’analyse donnée par Th. Fischer coïncide sensiblement avec la mienne. Même en admettant, comme moyenne de tous les tirs, l’analyse de la terre des 'Abda donnée par Th. Fischer, cela ne serait encore pas en rapport avec ce que l’on raconte de la fertilité merveilleuse des tirs. Peut être Pfeil a-t-il choisi des terres exceptionnellement fertiles ?
Quoi qu’il en soit, nous ferons observer que la seule analyse du sol ne peut donner des bases suffisantes pour apprécier la fertilité d’une terre. Il faut remarquer, en effet, que si la couche de tirs est très profonde et a la même composition chimique de la surface au sous-sol, il peut y avoir des réserves énormes d’éléments fertilisants : ce cas a été bien établi pour certaines terres d’Egypte, très fertiles et que l’analyse chimique montrait plutôt pauvres (1 2 3) : on sait,
(1) A la Régïiaïa ; communiqué par M. Lecq, inspecteur de l’agriculture.
(2) A l’école de Rouïba, Rivière et Lecq « Manuel agricult. algérien », p. 560.
(3) Y o j. « Annales du Minist. de l’Agricult. Documents officiels. Statistiques, etc... », XXIe ann., N° 2, juin 1902, p. 456-457.
FERTILITÉ DES « TIRS
en effet, aujourd’hui, que les racines des céréales, blé, orge, seigle, descendent dans la terre jusqu’à lm,50 et même plus. D’autre part les conditions climatériques ont une influence prépondérante sur la végétation et sont un facteur souvent aussi important que la composition du sol : d’excellentes terres, très riches en éléments fertilisants, comme celles des datas en Algérie produisent moins qu’on ne s’y attendrait, à cause du mauvais régime des pluies. Enfin la « biologie intime » des sols de l’Afrique du Nord, les phénomènes physico-chimiques qui se passent à sa surface et dans sa profondeur arable sous l’effet d’une climature tout à fait spéciale (h sont encore trop peu connus pour permettre de préjuger de la fertilité d’une terre à son inspection.
Le vrai moyen d’être fixé sur le rendement des terres des Châouïa, rendement qui est réputé considérable, serait de connaître la production à l’hectare ou de savoir combien de fois habituellement le grain rend la semence : mais cette indication est presque impossible à obtenir des indigènes et aucun des négociants qui font avec eux sur la côte le commerce de grains n’a pu nous renseigner à ce sujet. L’extrême méfiance des Marocains et la répugnance qu’ils ont, comme tousles indigènes de l’Afrique du Nord, pour les dénombrements et en général pour les computations de toute espèce, sont cause qu’ils ne répondent jamais aux questions de ce genre. Tout ce que nous pouvons dire c/est que nous avons vu sur les tirs des moissons de la plus belle apparence : la tige était haute, forte, raide, les épis tous à la même hau Leur et formant au-dessus du champ la « table rase » qui réjouit l’œil du cultivateur; mais il aurait fallu examiner ces épis
(1) Rivière et Lecq. « op. laud. », p. 545.