LA FIGUE DE BARBARIE
au voyageur qui aime les douces méridiennes. Les figuiers de Barbarie sont pourtant pour l’indigène un véritable trésor : résistant admirablement à la sécheresse , leurs raquettes constituent, pour le bétail, une alimentation excellente et désaltérante pendant l’été, et leurs fruits sont très appréciés des indigènes. La consommation de ces fruits entraîne du reste pour les Doukkâla les inconvénients bien connus en Algérie et sur lesquels j’ose à peine insister. 11 faut bien dire cependant que l’ingestion immodérée des figues de Barbarie amène souvent des constipations très opiniâtres. Cette indisposition est tellement fréquente pendant la saison des figues, qu’elle se traite, paraît-il, couramment sur les marchés : le médecin forain se sert d’une seringue constituée ici par une peau de bouc avec un ajutage en roseau. Le patient se couche sur le ventre et l’appareil étant adapté, un ou deux hommes sautent sur la peau de bouc : on obtient ainsi seulement la pression considérable nécessaire à la bonne réussite de l’opération. En nous excusant de ces détails techniques, nous devons faire remarquer cependant qu’ils confirment ce que nous avons dit plus haut du peu de pudeur des Doukkâla relativement à nos indigènes algériens : une opération pareille, en elfet , serait difficilement admise sur un marché d’Algérie.
Avec la culture des céréales, l’élevage est, suivant la nature du sol, une des richesses des Doukkâla. Ce sont surtout des moutons qu’ils élèvent, bien qu’il y ait aussi quelques chevaux. Mais l’élevage du cheval est principalement le fait des 'Abda qui sont réputés à ce point de vue dans tout le Maroc. Aussi quand un Doukkâli rencontre un de ses voisins des 'Abda, et qu’il veut le flatter, il ne manque pas de le saluer en disant : « A l'abdi, a moùl l'aoud », c’est-à-
ORIGINE DES DOUKKALA
dire : « O 'Abdi, ô maître du cheval ». Il existe une fraction des 'Abda, les Bkhâti qui est enclavée dans les Doukkâla, entre Ouâlidiya et Mazagan et qui, comme tous ses contribules, se livre à l’élevage du cheval. Ils ont des bêtes magnifiques, surtout certains chevaux noirs. Une légende très enracinée veut que tous les ans, une nuit, « le cheval marin », <x l'aoud elbahri », sorte de la mer et vienne saillii les juments des Bkhâti (b. Ainsi explique-t-on la beauté des produits qui errent dans les pâturages de cette tribu. Nous avons parlé plus haut au fur et à mesure des divers itinéraires que nous avons donnés, des régions où l’élevage est prospère : nous nous bornerons à ajouter ici que les pâturages chez les Doukkâla sont toujours collectifs, tandis que la propriété des terrains cultivables est strictement individuelle.