DIVISIONS ADMINISTRATIVES DES DOUKKALA
volontiers : « Ed Derkâoua ou t tâba, ma jâbhoum kitâb », c’est-à-dire : « Les Derkâoua et le tabac ne sont prescrits par aucun livre révélé » .
Administrativement les Doukkâla se divisent en quatre « rba* » ou «quarts». Ces quatre circonscriptions qui servent à la répartition de l’impôt sont pourvues de nombreux caïds ; il y en a pas moins de dix 0). Autrefois, il y a trente ou quarante ans, il n’y en avait que deux : on sait qu’un des éléments principaux de la politique de Moùlaye Haçan fut le fractionnement des grands commandements. Actuellement les caïds sont répartis comme il suit : le premier quart en comprend cinq : deux pour les Oulàd 'Amrân, deux pour la région appelée 'Aounât et un pour les Oulàd Férej ; le deuxième comprend trois caïds pour les Oulàd Bon Zerâra; le troisième quart ne comprend que les Oulàd 'Amer avec un seul caïd; et le quatrième quart les Oulàd Bon 'Azîz avec un caïd également. A ces dix circonscriptions il faut ajouter celle de la ville de Mazagan et celle de la ville d’Azemmoûr; la première ne comprend que la ville et ses environs immédiats, la seconde comprend Azemmonr, les Hoùziya et les Oulàd Salem.
Les Doukkâla ont toujours été, depuis des siècles, complètement dominés. Ils comptent parmi les populations du Hoûz qui sont le plus complètement façonnés à la servitude et pour lesquelles Ibn Khaldoûn affiche souvent un si complet méprisé). Très adonnés à la culture, ils sont devenus presque sédentaires. Ils sont actifs, vigilants et même prévoyants: leur esprit est très apte au commerce et ils savent à merveille débattre leurs intérêts. D’un abord facile, bien qu’un peu
(1) Ces renseignements datent de juillet 1901.
(2) Ibn Khaldoûn, « Prolég. », I, p. 295.
CARACTÈRE DES DOÜKKALA
méfiants, ils entrent aisément en contact avec l’Européen. Ainsi qu’il arrive ailleurs dans l’Afrique Mineure, ceux qui ont fréquenté les civilisés perdent quelques-unes des
qualités les plus en honneur chez les primitifs, comme par exemple l’hospitalité (h. Ce n’est pas chez eux que les voyageurs faméliques, comme on en a trop vu au Maroc (je parle des Européens), pourraient vivre entièrement sur le pays, des plantureuses mounas offertes par les indigènes, et exploiter ainsi leur hospitalité. Mais avec de l’argent, au contraire, toutes les portes vous sont ouvertes ; la facilité des femmes chez les Doukkâla est connue dans tout le Maroc. Il n’y a pas de doute que ce pays fut jadis très riche ; malheureusement sous les derniers règnes
Fig. 65. — Une femme doukkâliya nous indique le chemin
(Cliché (le l'auteur)
il avait été horriblement foulé par les caïds et se trouvait très appauvri il y a quelques années. Sauf les protégés européens, personne n’y avait do sécurité 5 malgré cela, il 11’y avait jamais de révoltes et le pays est tellement riche que, malgré les exactions du makhzen, ils arrivaient quand même à vivre. Depuis tantôt quatre ans que le makhzen, dénué de toute autorité, ne peut même plus lever d’impôts, leur situation s’est beaucoup améliorée, et ils se sont mis à construire de tous côtés des maisons en maçonnerie.
(1) Cpr le portrait du marocain des plaines de l’Ouest donné par Weissgerber, « Trois mois au Maroc », p. 233.
Fig. 6G. — Groupe d’enfants chez les Rehâmna
(Cliché de l’auteur)