RELIGION CHEZ LES DOUKKALA
spéciale dont jouissent les fauconniers a sa primitive origine dans d’antiques croyances religieuses.
Les Doukkâla sont de bons musulmans, mais plutôt un peu tièdes. On rapporte que Sîdi 'Ali ben Belkâcem, le patron des fauconniers, dont nous venons de parler, envoya ses deux fils chez les Hâha, les Chiâdma et les Doukkâla, pour y faire une enquête sur la manière dont ces populations vénéraient leurs saints. Quand ils revinrent, il leur demanda : <x Comment sont les saints des Chiâdma et des Halia ; ils lui répondirent : « Bhâl el mous, iladezti'alîhoum )> ibêttloûk », c’est-à-dire: « Ils sont comme des lames de « couteau, si tu les frôles, ils t’estropient ». Et encore :
« Bhâl nahla, ila dezti 'alîha, têdderbek », c’est-à-dire :
« Ils sont comme l’abeille, si tu la froisses, elle te pique ». Ils voulaient dire par là que les saints de ces régions étaient craints et châtiaient impitoyablement ceux qui méconnaissaient leur sainteté. « Et les Doukkâla? », demanda alors Sîdi 'Ali. — Ses fils lui répondirent : « Dâïrîn ma'a » s ou liah boum kilhemîr, ma itfekkeroùhoum hatta ibrou » iberda'oûhoum », c’est-à-dire: « Ils les traitent comme leurs ânes, auxquels ils ne pensent que pour les bâter», voulant dire par là qu’ils ne pensent à leurs saints que quand ils ont une faveur à leur demander. Cette légende représente assez bien l’état d’esprit religieux des Doukkâla : ce sont des musulmans relâchés et qui glissent souvent à l’indifférence religieuse, cas fréquent chez les Berbères de l’Afrique du Nord. Les confréries paraissent peu répandues chez eux : il y a un certain nombre de Jilâla, des Aïçâoua et des Derkâoua. Ces derniers sont peu aimés; leur rigorisme n’en impose pas toujours aux populations et on dit