‹ MerrâkechChapitre 51 sur 223 · SURVIVANCE DE RITES MAGIQUES · texte numérisé non relu

SURVIVANCE DE RITES MAGIQUES

croyances religieuses postérieures et appliqué d’ailleurs d’une façon peu orthodoxe, à des ruines n’ayant guère pour tout caractère religieux que le mystère de leur ancienneté.

D’ailleurs, l’islamisation n’est pas complète, il survit des détails de l’ancienne pratique magique. Si l’on observe un homme du peuple ou plutôt une femme qui vient demander à un marabout la guérison d’une maladie et qui apporte une pierre ou qui élève un rjemà côté du sanctuaire, on verra qu’avant d’accomplir cette action le suppliant frotte la partie malade avec une ou plusieurs de ces pierres.

Pour peu qu’il ait quelque confiance en vous, si vous lui demandez des explications, il vous certifiera l’absolue nécessité de cette pratique pour que sa prière soit exaucée ; il vous dira aussi qu’il ne faut pas toucher à ces sortes de pierres, et qu’il faut bien se garder de renverser un rjem, parce que, dans ce cas, on hérite de la maladie de celui qui a ainsi demandé au saint sa guérison (b ; ce sont là des survivances indéniables de l’ancienne croyance au transfert du mal (2\

Une autre pratique, répandue dans toute l’Afrique du Nord, retient d’autant plus évidemment ce caractère magique qu’on l’accomplit en dehors de toute idée religieuse. Lorsqu’un individu a un orgelet dans l’œil, il bâtit sur le chemin un petit tas de pierres, entre lesquelles il place sept grains d’orge. Le premier voyageur qui fait tomber la pyra-

(1) C’est ce qu’a bien vu Johnston in « Al Moghreb al Aksa », 28 décembre 1901.

(2) Ainsi la conception du transfert du mal a subsisté en même temps que la conception de l’offrande. Faire passer la fièvre en telle autre maladie en enfonçant des pierres, du bois, des clous dans une colonne, un poteau, un mur, même s’ils ont un caractère sacré, est une pratique très répandue. Voy. Frazer, G. R., m, p. 26, 33 seq., Tylor, « Civilisation Primitive », ii, p. 193. Cf Salomon Reinach, loc. cit. , p. 337 seq., passim.

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