‹ MerrâkechChapitre 77 sur 223 · SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS

Dieu, ô Saints du pays (*), ô Moulaye Bou Cha'îb, conduisnous avec le bien et pour le bien ». Mais le temps menace toujours, alors ils prennent des flous (1 2), c’est-à-dire de la monnaie de cuivre de peu de valeur, et les jettent sur le chemin en recommençant leurs invocations pour éloigner la pluie. Cette coutume est assez générale daris l’Afrique du Nord, nous l’avons observée en Algérie et les indigènes y ont une certaine foi. En tout cas nos hommes durent être confirmés dans leurs croyances, car le voile des nuages se déchira presque aussitôt comme par enchantement. Un hasard de ce genre fait plus pour ancrer un préjugé dans l’esprit des gens simples que cent échecs pour l’ébranler; pour comble de bonheur, nous trouvons en même temps un fer à cheval, ce qui dans tous les pays du monde est regardé comme étant d’un excellent augure. Les commerçants musulmans dans nos pays aiment en avoir un cloué quelque part dans leur boutique (3).

Nous marchons sur un plateau ondulé dont le sol est formé d’une terre argilo-sablonneuse rougeâtre et que la pluie a rendue encore plus rouge; ce sol rocailleux et qui provient de la désagrégation des dépôts pliocènes est cependant fertile, mais la région que traverse la route n’est

(1) « Ridjâl el blàd », « mouâlîn el blâd », ces expressions désignent les saints patrons d’un pays dans toute l'Afrique du Nord. Cf Marçais, « Dial, de Tlemcen », p. 210 « Dans le style des mystiques le mot « ridjâl » est souvent employé pour dire « les hommes distingués par leur avancement dans la vie spirituelle ». Les Turcs se servent de ce mot pour dire « les grands de l’empire » (de Sacy, dans « Notices et Extraits », t. XII, p. 309).

(2) Du grec o[ 3o/.o;. Cf. Doutté. « Texte oranais », p. 20, n. 90.

(3) Cf. Robert. « l’Arabe tel qu’il est », p. 45. Cf Tylor, « Civ. prim. »,

LES HOÜZIYA

pas très peuplée; à perte de vue l’asphodèle dresse ses hampes rigides et ouvre au soleil printanier les fleurs grises de ses grappes rameuses. Çà et là, une immense enceinte rectangulaire formée de pierres sèches et n’ayant guère plus d’un pied d’élévation, enferme quelques bœufs et vaches

Fig. 33. — Un parc à bestiaux chez les Doukkâla

( Cliché de l’auteur )

qui paissent une herbe assez rare, sans chercher à s’évader. Sur les bords du chemin, des sauges, des iris et la violette arborescente étalent toutes des fleurs bleues, mais dont chacune a sa grâce spéciale. En somme c’est un paysage fort monotone que celui des Houziya, car tel est le nom que I on donne aux populations très mélangées du pays que nous traversons et qui relèvent du caïd d’Azemmoûr. Çà et là des nzâla : celles près desquelles nous passons en ce moment sont fournies par des Serâfna, qui sont une des tribus dont le makhzen dispose pour assurer la sécurité du pays (b.

(1) A. s. des tribus dites « makhzen », voy. chap. de Merrâkeeh. Les Serarna (sing. « serrîni »), sont disséminés. Le plus fort groupe habite entre Demnât et les Jbîlêt.

Page 1