‹ MerrâkechChapitre 83 sur 223 · LÀ PEUR DES IMAGES · texte numérisé non relu

LÀ PEUR DES IMAGES

l’appareil photographique et en ont une peur bleue. En nombre d’endroits on s’attirerait des désagréments en opérant avec trop peu de discrétion ; beaucoup de gens se couvrent la tète, ou se retournent lorsqu’ils voient l’objectif braqué sur eux ; j’ai vu des femmes et des enfants qui se sauvaient en poussant des cris. On sait que la défense des images chez les musulmans est une prescription rigoureusement observée; mais ce n’est pas à notre avis la seule crainte d’enfreindre une disposition canonique qui peut à elle seule expliquer l’horreur des images que l’on constate chez les Marocains , et en général chez les musulmans. Pour ces peuples, comme pour tous les primitifs, le dessin et, à un degré encore plus élevé la statue, ont un caractère magique. Le sauvage croit fermement que l’ombre, que l’image formée dans l’eau ou dans un miroir, que les peintures et les statues sont une sorte de double de l’âme sinon l‘âme elle-même et que le sort de celle-ci est indissolublement lié à celui de ce double. Aussi craint-on que le possesseur du double ne se livre à des pratiques d’envoûtement ou que ce double ne se perde tout simplement d’une façon ou d’une autre, ou qu’ enfin le double ainsi obtenu par l’art n’entraîne avec lui l’âme hors du corps. Delà, la terreur de la photographie, qui est loin d’être spéciale aux musulmans : pour ne pas sortir du Maroc, on peut observer là-bas que les israélites, qui y sont encore dans un état de civilisation presque barbare, ont la même peur du dessin et des statues que les musulmans. .J’ai entendu dire au Maroc par des Européens que les israélites imitaient en cela les musulmans , mais cette raison me semble dénuée de tout fondement. D’ailleurs la crainte de l’image a été retrouvée par les voyageurs et les ethnographes chez tous les peuples de la terre et quiconque a tant soit peu étudié les croyances des primitifs ne mettra pas un

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