LES DISCOBOLES
ment de grosse galette de fonte; eh terme de mines, on di rait, si je ne me trompe, un puddling. Homère n'en calcule pas le poids ; mais Achille en donne une idée quand il dit, à l'occasion du disque qu'il a proposé comme prix pour les funérailles de Patrocle : « Celui qui deviendra maître de ce bloc aura du fer pendant cinq années ; quand même il posséderait de vastes terres, ses bergers et ses laboureurs n'auront pas besoin d'en acheter à la ville , tant ils en auront en abondance. » 11 est probable que le bon Homère a, en cette occasion, un peu exagéré les choses. Imaginez quelle devait être la pesanteur d'une masse d'où Ton pouvait tirer du fer pendant une si longue période de temps. Cinq ans de fer! Et pourtant Polypétès soulève ce bloc d'une main légère et le lance de manière à dépasser tous ses rivaux. On eût dit une houlette lancée par un berger dans un troupeau de génisses. (Iliade, liv. XXIII.)
Nous voyons, parce passage d'Homère, qu'on n'assignait pas de but pour le jet du disque, et cet usage fut toujours , maintenu dans la suite. Chacun lançait le palet à son tour, sans doute dans un ordre réglé par le sort, et s'efforçait de dépasser ses concurrents ; le prix restait à celui qui avait poussé le disque le plus loin possible. Cette disposition prouve bien que le jeu du disque était fait pour la force plutôt que pour l'adresse. La distance à laquelle une main vigoureuse pouvait lancer le projectile ne tarda pas à devenir une mesure de longueur ratifiée par l'usage, et, dans l'antiquité, chacun savait ce que voulait dire une portée de disque, de même que chez nous on entend ce que signifie une portée de fusil. Homère était compris de son temps quand il disait, — en parlant d'une course de chars — « que les chevaux d'ÂnMloque devançaient ceux de Hénélas de toute la dislance parcourue par un palet que lance un jeune homme qui veut essayer ses forces. » Une
autre remarque à faire sur ce passage du poète grec, c*est que le même instrument servait pour tous les antagonistes et que chacun n'avait pas son palet, comme on pourrait le croire, et comme on a cherché à Taccréditer, d'après certains monuments dont l'aulhenticité n'est pas prouvée. A chaque coup, l'endroit où le disque tombait était marqué par un piquet, ou par une flèche ou par un signe quelconque. On se rappelle que dans VOdyssée^ c'est Minerve qui, sous un déguisement, rend ce service à Ulysse; et, la déesse est si bonne marqueuse, que le disque du héros se trouve bien au delà des marques de tous les autres.
Car Ulysse avait trouvé ces jeux établis chez les Phéacîens, à la cour du magnanime Âlcinoûs, dans les États duquel la tempêle l'avait jeté après la prise de Troie. Il n'était pas étonnant que cet exercice lui fût familier ; ne venait-il pas de le voir pratiqué dans l'armée des Grecs, sous les murs de la ville de Priam? Avant ce Polypétès dont nous avons parlé, Protésilas y excellait, Protésilas qui le premier aborda la rive troyenne, et qui tomba sous les coups du puissant Hector ; — Ulysse avait pu voir encore de ses piopres yeux, pendant le siège, Dioméde, qui ne se privait pas de ce délassement, et surtout les compagnons d'Achille, les Myrmidons, qui, tandis que leur chef boudait dans son coin et refusait sa collaboration à l'œuvre patriotique, s'amusaient, sur les bords de la mer, à lancer le disque, en même temps qu'à tirer Tare et à manier le javelot. Enfin on devine que les prétendants de Pénélope, qui, pendant l'ybsence du mari, faisaient bombance dans son palais, ne devaient pas négliger un tel passe-temps, dont les anciens appréciaient le mérite beaucoup plus que ne sauraient le faire les modernes.
La légende d'Hyacinthe, que nous avons rapportée plus haut, prouve qu'à Sparte on cultivait particulièrement ce