‹ Merveilles de la force et de l'adresse: Agilité--souplesse--dextérité. LesChapitre 9 sur 61 · LES DISCOBOLES, OU LANCEURS DE DISQUE · texte numérisé non relu

LES DISCOBOLES, OU LANCEURS DE DISQUE

Le disque ou palet. — N'était pas un jeu d'adresse. — Dangers de cet exercice. — Apollon, Zéphyr et Hyacinthe. — Le disque dans les temps héroïques. — Exagération du bon Homère. — Les attitudes du discobole. — La fameuse statue de Myron. — Les exercices des Suisses (canton d'Appenzell).

A côté des lutteurs et des pugilistes, il convient de ranger ceux qu'on appelait discoboles^ c'est-à-dire ceux qui lançaient le disque. Il semble naturel, au premier abord, de classer le jet du disque parmi les exercices d'adresse ; mais il faut considérer que le disque était une masse fort pesante, peu facile à manier, et qu'il s'agissait pour les joneurs non de la diriger vers un but marqué, mais de la soulever et de la pousser le plus loin possible. C'était un exercice qui demandait beaucoup plus de force que d'adresse.

Le disque, masse fort lourde, disons-nous, consistait en un morceau de métal plat, ou simplement en un bloc de pierre qu'on jetait en l'air au loin devant soi. Quelquefois, on le façonnait en bois, mais en bois lourd et serré ; le plus communément, il n'entrait dans sa composition c|ue du fer ou du cuivre.

Quand on le tenait dans la main droite, il atteignait d'ordinaire la moitié de Tavant-bras.

Au reste, les formes du disque se perfectionnèrent

avec le temps ; aux plus beaux jours de la Grèce, on pouvait le comparer au globe de Tœil, qui se bombe dans le milieu et s'amincit vers les bords. Lucien le dépeint sous la forme di'un petit bouclier rond, dont la surface est si polie et si brillante, qu'il échappe à tout moment à celui qui le porte.

Le lancement du disque était un jeu très-ancien, pratiqué déjà dans Tâge héroïque. On en faisait remonter l'invention à Persée, fils de Jupiter et de Danaé. Ce héros, après avoir accompli ses exploits, s'étant rendu à Larissa, eut le malheur d*y tuer son aïeul Acrisius d'un coup de palet. Une maladresse de ce genre avait, plus anciennement, causé la mort du bel Hyacinthe, de Lacédémone, aimé d'Apollon, qui souvent abandonnait le séjour céleste et son temple de Delphes pour se rendre à Sparte et jouer au palet avec son favori. Était-ce bien la faute d'Apollon ? Il faut supposer que le dieu qui maniait l'arc avec tant d'adresse savait de même diriger un palet. Aussi ne paraîtil coupable en cette circonstance que d'homicide involontaire. Devant un jury, le vrai coupable aurait été Zéphyr, qui, de son côté, nourrissait une tendre passion pour le jeune Hyacinthe, et qui, jaloux d'Apollon, fit dévier le disque de sa route normale. Tant il est vrai que les dieux et les demi-dieux n'étaient pas exempts des passions humaines ! Zéphyr aurait peut-être obtenu le bénéfice des circonstances atténuantes; mais le véritable auteur de la catastrophe, c'était bien lui, lui seul. Quel est le sens de cette allégorie ? Les Grecs, sans doute, ont voulu indiquer par cet illustre exemple combien dans ce jeu les ii(ialheurs étaient à redouter.

Au temps d'Homère, le disque était une masse de fer brut qu'on appelait solos ; on l'employait telle qu'elle était sortie de la forge, avant même que le marteau l'eût travaillée. C'était donc une sorte de lingot, plus rigoureuse-

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