‹ Merveilles de la force et de l'adresse: Agilité--souplesse--dextérité. LesChapitre 13 sur 61 · CHAPITRE \I · texte numérisé non relu

CHAPITRE \I

La lutte dans l'Angleterre contemporaine. — Clubs et meetings. — Lfs jeux des Écossais. — L'exercice du marteau. — Les IiiUenrs du Ou-'

, nouailles et du Devonshire. — Un traité d'érudition sur le croc-enjambe. — Le kick. — Sir Thomas Parkyns, magistrat et athlète au ili.vhuiti^me siècle. — Son originalité. — Th. Topham. — Sa force prodigieuse. — Ses expériences devant le physicien Désaguliers.

. Bien avant Tinvention de celte espèce particulière de pugilat, qu'on appelle la boxe, les Anglais se livraient avec iimour à la lutte corps à corps. Les habitants de Londres étaient très-avides de cet exercice, il y a plusieurs siècles, et ils ne manquaient jamais de dohniT des preu- . v)es de leurs talents, pendant les fêtes qui se célébraient chaque année au mois d'août, vers la Saint-Barthélémy . L*ardeur des Anglais en général et des Londoniens en particulier, s*est bien refroidie depuis celte époque. Cependant, la coutume de lutter corps à corps (wi'estling) s'est perpétuée jusqu'à nos jours sur plusieurs points de l'An- .gleterre, et vous la retrouvez qui fleurit encore dans, les comtés de l'Ouest : Cornouailles et Devort , ainsi que dans ceux du Nord : Chester, Lancaster, Cumberland et VVestjnoreland. Des clubs se sont organisés dans ces provinces pour entretenir le feu sacré parmi la jeunesse, réveiller le zèle des endormis et décerner des prix aux plus méritants. Ces clubs tiennent de temps en temps desmee/tnjf*, accompagnés de jeux et d'exercices du corps.

' qui attirent une foule considérable. La société, fondée à Liverpool sous le nom d'Atkletic Society ^ reconnaît pour

- patron ce païen d'Hercule, dont le torse puissant s*étale. au centre des médailles qu'elle distribue tous les ans.

Les bonnes traditions menaçaient également de se perdre en Ecosse ; une société s'est constituée il y a quelques années pour les faire revivre. Lord HoUanda pris cette société sous son patronage, et lui a généreusement ouvert son magnifique parc d'Holland's House, à Kensington, au milieu duquel s'élève le château célèbre où naquit Fox, où mourut Addison, pour que les sociétaires puissent s'y livrer à. leur aise à leurs jeux nationaux : la course, la danse des claymores, le caber, le jeu des marleaux, etc. Le caber est un exercice qui consiste à lancer un sapin de quatre mètres environ de longueur. L'arbre est entier; seulement on a eu soin de l'ébrancher et d'amincir une de ses extrémités ; le joueur saisit la solive par cette poignée, l'élevé à la hauteur de son épaule et la jette verticalement. Lq caber, pour être lancé dans les règles, doit retombjer sur . sa base, et y rester un moment en équilibre. Le jeu des marteaux est un divertissement du même genre. 11 s'agit d'une boule en fer ou en fonte, très -pesante, emmanchée au bout d'un bâton, qui mesure un mètre de* Ion-

' guenr. Le lutteur, les bras nus, saisit cette masse, lui fait faire plusieurs tours de moulinet, et la lance au loin, après avoir pris son élan. L'essentiel ici n'est pas tant de déployer sa force et son adresse, sans lesquels toutefois on ne pourrait tenter celte épreuve, que de savoir s'arrêter dans son élan, afin de ne pas franchir un mât couché par terre, au pied duquel doit se marquer le dernier pas. Le gagnant est celui qui lance sa masse le plus loin du

, point de départ.

C'est dans les comtés de Cornouailles et deDevon que se rcncontrentaujourd-hui les meilleurs et les plus intrépides

lutteurs de la Grande-Bretagne. « Si jamais on rétablissait les jeuxOIympiques,dit un écrivain anglais, cesgens-là y feraient des merveilles. » Cependant, aucune rivalité nerégne entre les habitants de ces provinces limitrophes, qui cantonnés chez eux, ne vont pas se mesurer avec leurs voisins; s ils se battent, cela ne sort pas de la famille. Ils suivent d'ailleurs depuis des siècles des méthodes diamétralement opposées, et, pour rien au monde, ils n'empiéteraient sur leur domaine respectif. Ceux du Cornouailles cultivent particulièrement le croc-en-jambe qui, d'après eux, a reçu le nom, fameux en Angleterre, de Conmish-hug ; car ils y sont non moins experts que chez nous les Bretons. Ceux du comté de Devon abandonnent cet exercice à leurs voisins ; mais, eu revanche, ils pratiquent un coup particulier, dangereux, terrible, le kick, qui s'adresse principalement aux jambes de l'adversaire. En conséquence, les combattants tâchent de se garantir le mieux possible les cuisses, les mollets, le bas des jambes. Si le lecteur a vu des combats de taureaux, il se rappellera que les picadores prennent des précautions analogues ; sous leur paritalon de peau de buffle, les cavaliers portent des jambières en tôle, dont l'effet est d'amortir les coups de cerne d'un animal furieux, mais qui, d'autre part, alourdissent le combattant et l'empêchent de se relever quand il roule sur le sable de l'arène.

Le CornisK'hug^ ou croc-en-jambe des gens du Cornouailles* a été l'objet d'un livre fort curieux, composé dans le siècle dernier par un spécialiste, sir Thomas.Parkyns^ L'auteur n'était pas un pur dilettante; il aimait aji contraire à confirmer la théorie par la pratique. On peut voir encore aujourd'hui son image, quelque peu mutilée par le temps, à l'église de Bunny, sa paroisse (comté

^ Tfie Comish WreUler (le Lutteur du Cornouailles);

de Nottin^ham); il est représenté dans son costume et dans son attitude de lutteur. C'était, pour un magistral, employer ses loisirs d'une singulière façon; mais chacun sait que Thomme n'est pas toujours maître de diriger ses penchsints. Sir Thomas Parkyns était venu en ce mond[e avec la passion, où plutôt la manie des exercices athlétiques ; les jeux qu'il avait institués, dans sa paroisse et sur ses domaines à Bunny-Park, furent continués après sa mort, advenue le 28 mars 1741 ; car il légua des prix dont la distribution n'a cessé qu'en 1810. Cet échappé d'Olympie, fourvoyé dans un siècle qui s'occupait des choses de l'esprit plutôt.que de celles du corps, se plaisait à descendre dans l'arène et à y disputer ses propres récompenses, qu'il gagnait quelquefois ; de celte manière, son argeat rentrait dans sa caisse. Ses domestiques payaient tous de mine ; c'étaient de grands et vigoureux gaillards qui eussent fait d'excellents lutteurs ; quelques-uns avaient en effet passé par cette profession, entre autres son cocher et son valet de chambre, qu'il n'avait pris à son service qu'après avoir éprouvé la solidité de leurs poings. Nous ne livrons pas ce procédé comme une recelte infaillible pour se procurer de bons domestiques, d'autant qu'il ne serait pas à la portée de tout le monde ; mais le calcul de sir Thomas Parkyns n'était pas si mauvais, car il savait par sa longue expérience qu'un bon athlète, n'est jamais un ivrogne. Cette vertu de la tempérance, qu'il pratiqua pour son propre compte , le conduisit sans encombre , c'est-à-dire sans qu'il eût éprouvé jamais aucune maladie, jusqu'à l'âge de 78 ans ; mais, arrivé là, il lui fallut bien subir l'étreinte de ce formidable lutteur qui n'épargne personne.

Sir Thomas Parkyns avait aussi la manie de collectionner. Je vous laisse à deviner sur quels objets se portaient ;ses goûts fantasques. Il collectionnait... des cercueils. Il en avait déjà rassemblé bon nombre dans le cimetière de

Bunny, quand l'idée lui vint d'en choisir un' pour son usage, et delè faire dresser vis-à-vis de son prie-Dieu, dans l*église de Tendroit, surmonté de son image en marbre sculptée plar son chapelain. J*aime à croire que le digne ecclésiastique était plus fort sur la théologie que sur la statuaire ; car son talent, comme artiste, ne brille guère dans ce morceau, témoin Tauréole burlesque qui entoure le corps du châtelain de Bunny, et dont les rayons ressemblent à s'y méprendre aux dents recourbées d^une herse.

Le même siècle vit un autre lutteur plus redoutable qui exécutait de tours d une force surprenante, Thomas Topham. Né à Londres en 1710, il vint s'établir à Derby, vers 1731 ; ce fut là qu'il accomplit, le 21 mai, un tour de force prodigieux, celui de soulever trois tonneaux, remplis d'eau, d'un poids de 1,856 livres anglaises. ,

Un des aldermen de Derby, voyant un homme, dont l'extérieur n'avait rien d'extraordinaire, se présenter devant • lui pour obtenir la permission d'exécuter certains tours de son répertoire qui dénotaient une force peu commune, le pria de vouloir bien se dévêtir un instant, afin qu'il pût ^examiner et le visiter en détail. Topham était alors un homme de 5 pieds 10 pouces, d'une trentaine d'annéesenviron, sans aucune signe particulier, mais bien proportionné et extraordinairement musculeux ; les aisselles et les jarrets, creux chez les autres individus, n'étaient chez" lui qu'un tissu de fibres et de ligaments.

C'est ce qu'un savant physicien de Londres, le docteur .L-T. Désaguliers (1683-1 743), élève de Newton, et membre^ de la Société royale, exprime, en disant qu'il avait des muscles très-forts qui paraissaient en dehors. En effet,* à l'époque où Désaguhers faisait ses curieuses expériences de , physique et de mécanique, et cherchait à expliquer scientifiquement certains effets de force musculaire, il était allé-

Il Topham. — Expérience des tonneaux à Derbj, en1741>

LU!TEl>RS ANGLAIS. / 7q

voir Thoraa&T'ôpham, ne s*en rapportant pas à ce qu'il avait entendu dire, et voulant s'instruire par ses propi^es^ yeux, Tophara était de très-bonne foi dans tous ses exercices. «Il ignore entièrement l'art de faire paraître sa force plus surprenante, dit le savant Anglais, et môme il entreprend quelquefois des choses qui deviennent plus difficiles par sa position désavantageuse, tentant et faisant.' souvent ce qu'on lui dit que les autres hommes ont exécuté, mais sans profiter des mêmes avantages. » C'est ainsi qu'ayant parié de tirer contre deux chevaux, ens'appuyant contre un tronc d'arbre, il fut enlevé de sa place et porté violemment en l'air ; un des ses genoux heurta contre le bois ; de là, rupture de la rotule ; ce qui lui fit perdre une partie de la force de cette jambe. Or, s'il s'était mis dans une position avantageuse, il aurait pu, selon Uésaguliers, qui en donne la recelte, suivie par les faiseurs de tours, tirer non pas contre deux, mais contre quatre chevaux, 'sans le moindre inconvénient.

Est-ce par suite de cet accident, que, dans son épreuve des tonneaux, où il souleva, comme nous avons dit, un , poids de 1,836 liv. angl., il opéra, non avec les muscles des jambes (comme d'autres qui faisaient à peu près le même tour, en tirant à l'aide d'une sangle passée autour des reins), mais avec les muscles du cou et dos épaules?

Topham possédait à lui seul la force de douze hommes réunis, ainsi que le prouvent les tours exécutés devant Désaguliers, qui, leur ayant fait l'honneur de les admettre dans son Cours de physique expérimentale (System of Expérimental Pliysic, London, 2 vol. in-4°), en a, par sa haute sanction, garanti l'authenticité.

11 levait avec les dents une table longue de 6 pieds, qui portait à son extrémité le poids suspendu d'un demi-quintal, et il la maintenait pendant un temps considérable dans upe position horizontale.

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Il prenait une barre de fer, dont il tenait les deux bouts dans ses mains, en appuyait le milieu contre sa nuque, puis en ramenait les deux extrémités par devant ; il défaisait ensuite ce qu'il venait de faire ; c'est-à-dire qu'il redressait la tige de fer presque entièrement ; opération bien plus difficile, nous apprend Désaguliers ; car les muscles qui séparent les bras horizontalement l'un de l'autre n ont pas autant de force que ceux qui les réunissent.

Celte expérience, il la renouvela dans la suite sur un quidam avec lequel il eut quelques démêlés. Décrochant une broche en fer du manteau de la cheminée, il la lui passa autour du col, et la tortilla plus aisément qu 'il n*eût fait d'une cravate ou d'un mouchoir. Cela valait mieux pourtant que de la lui passer au travers du corps. Aussi les voisins de ce terrible homme faisaient tous leurs efTorts pour vivre en bonne intelligence avec lui. Les ménagères dérobaient à ses regards leurs plais et leurs pots d'étain, de crainte qu'il ne lui prit fantaisie de broyer les uns comme des coquilles d'œufs, ou de rouler les autres en volutes comme cornets de papier.

Enfin « je Tai vu, dit Désaguliers, élever avec ses mains seules un rouleau de pierre d'environ 800 livres, se tenant debout dans un châssis au-dessus, et saisissant une chaîne qui était attachée à la pierre. Par là, je compris qu'il était à peu prés aussi fort qu'aucun de ceux qui sont regardés communément comme les hommes les plus forts ; car ordinairement ceux-ci ne soulèvent pas plus de 400 livres, de cette manière. Les hommes les plus faibles, qui se portent bien sans être trop gras, élèvent environ 125 livres, ayant à peu près la moitié de la force des hommes les plus forts. »

Cette comparaison, Désaguliers l'entendait principalement des muscles lombaires ou des reins, parce que, dans

<îette opération, il fallait pencher le corps en avant. 11 ajoutait qu'on devait tenir aussi compte du poids de ce <;orps. Le corps d*un homme fort, pesant par exemple 150 livres, le fardeau qu'il [pourrait lever serait de 550 livres, c'est-à-dire de 400 livres, plus 150 pour le poids du corps. Topham en pesait environ200, qui, ajoutées aux 800 qu'il levait, donnaient pour total 1,000 livres. Mais, alors, il aurait dû logiquement élever 900 livres, outre le poids de son corps, pour être aussi fort en proportion qu'un homme qui, pesant 150 livres, en levait 400. Quand Désaguliers parlait ainsi, Topham n'avait pas encore fait l'expérience des tonneaux, dans laquelle il leva f^us de 1,800 livres ; — ce qui aurait contraint le savant physi- 43ien à modifier ses calculs.

Par un contraste fréquent, Topham n'était pas doué d'une force d'âme en rapport avec sa vigueur physique. Cet Hercule britannique avait une femme qui lui rendit la vie tellement insupportable, qu'il se suicida daiis toute la force de l'âge.

Les magazines anglais du dix-huitième siècle racontent qu'il s'amusait quelquefois à broyer à l'oreille de ceux qui se trouvaient prés de lui des noix de coco, comme un autre eût cassé des noisettes. Un jour, plutôt une nuit, apercevant un watchman endormi dans sa guérite, il les porta tous deux, l'homme et sa carapace, à une très-grande distance, et les déposa sur le mur d'un cimetière. Quel ne fut pas Tétonnement du gardien de nuit, lorsque, le lendemain matin en s'éveillant, il se trouva si haut . perché et en lieu si lugubre ! • -

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