‹ Merveilles de la force et de l'adresse: Agilité--souplesse--dextérité. LesChapitre 15 sur 61 · SCANDCRBEG ET LES TURCS · texte numérisé non relu

SCANDCRBEG ET LES TURCS

Les gouressis ou lutteurs du Grand Turc, au quinzième siècle. — Scanderbeg et le géant scytlie. — Les cavaliers persans. — Une bonne lamo. — Hommes tronçonnés d'un coup de sabre.

A l'époque où ces jeux vénitiens, qui rie cessèrent qu'avec la fin du dix-huitième siècle, étaient dans tout leur éclat, vivait, non loin des possessions de la république des lagunes,, un homme capable d'accomplir, à lui seul, tous les travaux d* Hercule, Peu d'hommes ont surpassé, pour la force physique, ce héros du moyen âge qui fut la terreur des Turcs, après avoir été leur hôte.

C'était le fameux Scanderbeg, roi d'Albanie, de son vrai nom Georges Gastriot. Né en 1404 ou 1414, il fut livré comme otage par son père, petit souverain d'Albanie et dÉpire, au sultan Amurat 11, qui le fit élèvera sa cour. Georges, remarquable par sa belle prestance, excellait à la voltige équestre, au maniement de l'épée et au tir de l'arc ; son bonheur était de lutter avec les jeunes seigneurs turcs dans les joutes et les tournois, où presque toujours il remportait le prix.

Les exercices du corps furent de tout temps en grande faveur chez les Turcs. A peine maîtres de Gonstantinople, les sultans entretinrent à leur couc des lutteurs de profession, lesgouressisy au nombre d'une quarantaine, qu'ils faisaient de temps en temps combattre en leur présence.

Les gouressis étaient des hommes forts et vigoureux qui venaient des États barbaresques, de Tlnde et de la ,Tartarie. Ils n'étaient pas esclaves, comme d'autres serviteurs du Grand Seigneur, mais de condition libre. Ils s'engageaient^ son service, par bonne vôgle, comme on disait alors, « parce que tel était leur bon plaisir. » Dans leurs luttes, ils employaient toutes les ruses des athlètes antiques, pour terrasser un adversaire ; mais ils s'aidaient en outre d'autres armes qui n'étaient pas tolérées chez les •Grecs ; car ils égratignaient et mordaient le nez et les oreilles ; ils emportaient parfois la pièce ; en un mot, ils faisaient le plus de mal possible, s'acharnant sur leur proie, comme un chien sur une bête fauve. Ce qui les animait ainsi, ce n'était pas tant le désir de la victoire que l'appât, ou, comme disent les historiens du seizième siècle, la friandise , de quelques ducats que le Grand Turc jetait au vainqueur et quelquefois même aux deux combattants, quand il était satisfait de leurs efforts respectifs. Ces gouressis combattaient nus, sauf des grègveSy espèce de caleçon ou maillot de cuir collant, partant de la ceinture et descendant un peu au-dessous des genoux; ce caleçon, ainsi que le reste de leur corps, était huilé afin de donner moins de prise à l'antagoniste. Le combat fini, les. lutteurs s'enveloppaient d'une pelisse ou d'une longue soutane fendue par devant et boutonnée jusqu'à mi-corps; une large ceinture de toile, rayée d'or, à la mode turque, s'enroulait autour de leur taille ; et sur leur tête ils posaient un bonnet, dit taquia, pareil à celui que portaient alors les Polonais, en velours noir, ou bien en peau d'agneau crêpée, et dont l'extrémité supérieure retombait sur l'épaule. Ainsi accoutrés, ils marchaient en troupes de dix ou douze, prêts à se mesurer avec quiconque les eût arrêtés dans leur chemin ; mais on se souciait peu de leur chercher noise, tant à cause de la furie qu'ils dé-

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ployaient dans la lutte que de l'habitude qu ils avaient de -^ •ces combats, étant dressés à ce métier dés leur plus tendre •enfance, et y étant « tellement adroits que malaisément ' s'en peut-il trouver qui les surpasse ni même qui les puisse *\ -égaler, » %

Cette troupe de gouressis organisait dea assauts pour divertir le sultan, quand Sa Hautesse n'avait rien de mieux à voir ; mais, en ce temps de paladins et de chevaliers ^irrants, il ne manquait jamais de spectacles plus nobles •et plus attrayants.

Un jour, par exemple, arrive à Andrinople, un Scythe à la taille colossale, pour défier en combat singulier les , ^ personnages de la cour.

Personne ne s'empressait de relever le gant. L'aventurier se targuait déjà de son importance, quand tout à coup Scanderbeg, placé par son rang et par sa naissance bien au-dessus d'un tel adversaire, s'avance, au giand étonnement de toute la cour, qui tremblait pour sa jeunesse. Mais on ne tarda pas à se rassurer sur son compte ; on le vit s'élancer sur son ennemi, saisir de la main gauche le bras droit du géant avec autant de précision que de force, au moment où il allait en être frappé, et en même temps lui enfoncer son poignard dans la gorge.

A quelque temps de là, deux cavaliers persans, montés sur des chevaux magnifiques, se présentèrent devant Amurat, qui tenait pour lors sa cour à Pruse, en Bithynie, et lui offrirent leurs services, en demandant comme une grâce d'être mis d'abord à l'épreuve. Scanderbeg consentit à combattre seul contre les deux étrangers, à condition que ceux-ci ne l'attaqueraient que séparément. Le combat était à peine entamé que l'autre chef, violant son serment, se précipite, la lance au poing, sur Scanderbeg qui, le voyant Venir, n'attend pas son assaut, mais fond sur lui à toute bride, et d'un coup vigoureux, lui fait payer

cher celte odieuse félonie. Débarrassé de cet adversaire, il se tourne aussitôt, le cimeterre à la main, contre celui qui restait, Tatteint à Tépaule droite tout près du cou, et lui i^lohge le fer si avant, que l'homme est fendu en deux jusqu'aux hanches. Le jeune princp vint offrir leurs têtes au sultan. « U en fut reçu, dit le R. P. Du Poncet, de la Compagnie de Jésus, historien de Scanderbeg, — avec tous les honneurs que méritait son triomphe, et qui lui firent bien sentir quel nouveau degré d'estime il venoit d'acquérir. » (Histoire de Scanderhey^ Paris, 4709, in-12.) L'estime des rois s'accordait en ce temps-là pour des actes de celte nature.

C'est à la suite de ces prouesses que les Turcs lui donnèrent le nom de Scander ou Iskanderbeg : Alexandre seigneur.

Il était d'une haute stature ; son bras, d'une vigueur prodigieuse, toujours nu hiver comme été, renversait tous les obstacles. Scanderbeg se servait d'un cimeterre fait à sa taille, presque aussi légendaire que la Durandal de Roland, dont il perlait toujours dans un large fourreau un second exemplaire. La précaution n'était pas inutile, eu égard aux terribles épreuves par lesquelles cette lariie avait î3r passer. Les historiens anglais parlent d'un sieur de Courcy, comte d'Ulster, au treizième siècle, qui, devant le roi d'Angleterre, fendit un jour d'un seul coup d^épée un casque d'acier; l'arme entama le bois sur lequel le casque était posé, et s'y logea si profondément que personne, excepté le comte, ne put l'en détacher. Des épreuves semblables n'eussent été qu'un jeu pour Scanderbeg, à qui, plusieurs fois, dit-on, il arriva de fendre en deux des hommes armés de pied en cap.

Le sultan Mahomet H, qui vivait alors en bons termes avec lui, s'avisa de lui demander un jour cette fameuse laraç dont chacun vantait les vertus, et grâce à laquelle

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