COUREURS DE U NOBLESSE. COUREURS MODERNES
tenir ^ii indignation. « Ces «malheureux, rapporte mistres Saint-Gearges, précèdent toujours la voiture de leur maître dan& la ville et dans les faubourgs. Ils ne supportent guère que trois ou quatre ans un pareil métier, et d'ordinaire ils meurent de consomption. La fatigue et la maladie sont peintes sur leurs traits hâves et déchai * nés ; comme des victimes préparées pour le sacrifice, ils sont couronnés de fleurs et ornés d'oripeaux de toute espèce. )) (Journal écrit pendant un voyage en Allèniayne, 1790-1800. Londres, 1801. In-S».)
Des oripeaux, des fleurs, voilà les emblèmes auxquels' on reconnaissait les coureurs. Tous avaient le goût des l'anf reluches et des bagatelles, de la broderie et de la passementerie, de la dentelle, des franges d or et d'argent, des sonnettes et des clochettes au timbre argentin. Ils tenaient au costume de l'emploi. La course rappelle quelque chose de léger et de gracieux ; elle éveille en nous l'idée du sylphe ou du papillon, fleur vivante qui passe sa vie au milieu d*autres fleurs. U était donc naturel que le coureur se présentât sous des dehors sémillants et coquets, r— Si le lecteur a parcouru l'Espagne, il doit se souvenir du zagal, espèce de mouche du coche qui accompagne lies diligences, pour presser les relais, surveiller le matériel, et porter secours dans les endroits difficiles. Le zagal est un lutin bariolé de bleu, de blanc, de rouge et d'orange. De la tête aux pieds, il n'est que soie et velours, pompons et boutons de filigrane; de capricieuses arabesques s'épanouissent au milieu de son dos, sur sa yeste couleur marron ou tabac. Les coureurs de la haute noblesse en Allemagne et en Angleterre portaient un accoutrement semblable. Quand ce costume accompagnait une figure Jeune et fraîche, rien de mieux ; par malheur, le temps, qui est le plus infatigable de tous les coureurs, marchait pour eux] comme pour les autres, et c'était
un spectacle navrant de voir des hommes à cheveux gris lutter de vitesse avec les quadrupèdes dans cet attirail printanier.
En Ecosse, vers la fin du dix-huitième siècle, on ne connaissait pas encore les voitures à quatre roues. Pour voyager, on se servait de chaises de louage fermées, à deux roues, dont la caisse pendait pour ainsi dire entre les brancards. Les genlilshommes avaient seuls des carrosses tirés par quatre ou six chevaux. Mais c-omme ces véhicules s'embourbaient souvent, vu Télat déplorable des routes dans cette partie de la Grande-Bretagne, il fallait bien recourir à l'assistance des footmen, qu'on employait pourtant de préférence au transport des lettres et des dépêches. Dans les environs de certains grands domaines de rÉcosse^vous entendez encore aujourd'hui raconter mainte anecdote touchant la prodigieuse agihté de ces vélocipèdes.
Ainsi le comte de Home, résidant à Home-Castle (comté de Berwick), ayant une affaire pressée, chargea le soirson coureur de la commission. En descendant le lendemain matin à l'office, il vit notre homme qui dormait tranquillement sur un banc ; il était prêt à se fâcher ; mais à sa grande surprise, il apprit que 1 agile coureur était allé depuis le soir à Edimbourg et en était revenu, la distance étant de 55 milles.
Sous le règne de Charles H, le duc de Lauderdale donnait un grand diner à son château de Thirlstane, près d^ Lauder. Au moment de mettre le couvert, on s'aperçoit qu'il manquait un article essentiel. Fâcheux contretemps! Or la pièce indispensable se trouvait dans un autre domaine du duc, à 15 milles de là, Lethington-Gastle, près de Haddington. Le coureur partit, et revint, assez à temps pour le dîner, avec l'objet en question, et encore avait-il di! traverser un pays coupé d'accidents de terrain. On
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aime encore à citer dans le nord de la Grande-Bretagne le trait classique d/un de ces messagers, envoyé de Glascow. à Edimbourg, pour chercher un médecin, que dis-je? deux médecins. Jl accomplit le trajet en un clin d'œil, comme s'il avait eu des ailes. Chemin faisant, on lui demande comment se porte son maître; mais lui^ qui n*a pas le temps de s'arrêter, crie tout en courant : c Mon maître n'est pas encore mort, mais ça ne tardera pas ; car il ^ura bientôt deux médecins près de lui. »
Lé nom de ce bipède ailé n'a pas été conservé; maison nomme en fait d'agiles coureurs un certain Irlandais, au service de lord Henry Berkeley, du temps de la reine Elisabeth. Il s^appelait Langham. Lady Berkeley étant tombée malade à Gollowdon, résidence delà famille, on^nvova Langham porter une lettre chez un vieux docteur de Londres ; il revint, tenant à la main une bouteille qui contenait la potion prescrite par le médecin ; Langham avait accompli le trajet de 148 milles en quarante-deux heures et encore s'élait-il arrêté la nuit chez le médecin, puis chez Tapothicaire. Un cheval n'aurait pas fait mieux.
Dans ses Lettres d'Italie (Londres, 1805, 2 vol. in-8), Beckford, disait : « J'étais à Plaisance au printemps de 1766. J'envoyai mon* coureur à Hantoue. Il ne put partir avant six heures du matin, les portes de la ville ne s'ouvrant qu'à ce moment. La réponse qu'il me rapporta était datée de Mantoue, deux heures de l'après-midi. Il me la présenta de bonne heure, le lendemain matin, avant mon lever; et encore, il me fit beaucoup d'excuses pour n'être pas revenu le même jour. Ce gens sont capables d'accomplir des prodiges ; mais il est cruel de les mettre à l'épreuve sans nécessité. La distance entre les deux villes, ajoute Beckford, parait être sur la carie de 60 milles ; mais le chemin en réalité n'est pas du tout direct. ^
L'ambition de ces coureurs de l'aristocratieanglaise était
le- •'
•i«8 FORCE ET, ADRESSE. '
de battre un cheval à la course. On en cite plusieurs qui firent le pari de lutter de vitesse avec' un attelage, et, chose surprenante, ils gagnèrent leur pari. Au dix-huitième siècle, le dernier duc deMarlborough conduisant lui-même un phaéton à quatre chevaux, fut battu par un coureui:^ dans le trajet de Londres à Windsor; mais le vainqueur eut le sort de quelques-uns de ses pareils dans Tantiquité. En arrivant au but, il tomba pour ne plus se relever.
A mesure que les communications devinrent plus faciles, les routes plus praticables, et les voitures plus légères, Tusage des coureurs diminua. Walter Scott eut encore occasion de voir le carrosse du comte John, d'Hopetown, escorté d'un coureur tout de blanc habillé et portant la verge, insigne de sa profession (clothed inwhite, and beai^ inga staff). — Le duc deQueensbury, mort en 1810, conserva cette coutume plus longtemps qu'aucun autre gentilhomme de Londres. Ce digne personnage avait pour habitude de n'engager de coureurs à son service qu'après les avoir essayés. Il se plaçait à son balcon de Piccadilly; et de là regardait les malheureux, courant à suer sang et eau. Les concurrents revêtaient, avant l'examen, la livrée de Sa Seigneurie. Un jour, un aspirant se présente : on l'habille, et il se met en mesure de donner un échantillon de ses talents. C'était, à ce qu'il parait, un homme fort habile en son genre, car Sa Grâce lui dit après l'avoir mis à une rude épreuve : « Vous ferez très-bien mon affaire, jeune homme. — Et votre habit fera la mienne également, » dit l'autre. A ces mots, il prend ses jambes à son cou ; oncques depuis, on ne le revit. Le duc de Queensbury aurait pu faire courir après lui ; mais il s'en garda bien ; car il s'était aperçu que le drôle courait mieux que tous les gens de sa maison.
Le souvenir des coureurs de l'aristocratie s'est conservé dans la langue anglaise ; le mot qui désigne un domestique
COUBEUnS DE LA NOBLESSE. COUREtinS (IlODEnSLS.. 129 de grande maison est /ôotman (homme de pied, valet de pied). On voit à Londres, dans Charles-street (Berkeley-
Coureur (le l'arislocralie onglïisê, d'npiéi une ancienne enseigne
Square), une taverne fréquentée par la domesticité dgg grands hôtels du voisinage ; à la porte pend une enseigne fort ancienne représentant un petit homme agile, pimpant et guilleret; c'est peut-être le portrait d'un des coureurs tes plus célèbres du temps jadis. 11 porte à la main le bâton de métal : au dessous de l'image, on Ut ces mots : Je juw le valetrcourpur.
Les traditions ne se perdent jamais complètement en Angleterre. Qui croirait que cette classe curieuse de vélo- . cipèdes ei^ste encore, à l'iieure qu'il est, â ta harbe des chemins de fer et des appareils télégraphiques ? Oui, les coureurs escortent encore la voilure d'apparat de certains liants fonctionnaires, dans les provinces du nord de la Grande-Bretagne. Quand le shériff de la cour de Northumberland se rend au tribunal pour installer les assises, son carrosse est flanqué de deux coureurs en casaque légère.
COUREUnS DE Li NOBLESSE. COUMURS MOU
V presque autant d'argent que des jambes de I Car les maiclieurs n'avaient pas moins de I les coureurs. Parmi les premiers, le plus ccl
V certain Powell, né à Horserortli, près de Lcec * sa \'.e n'est qu'une succession de marches e
marches. Quand il fui dans l'impossibililé d( k jambes, il se coucha et mourut (avril 1 795}. K apathiques de l'Orlenl, qui vivent sur U doa K^sur les pieds, disent que le bonheur est ha W^y élaît vertical, aux yeux de Powell.
F ' Dans le même temps, un jeune gentlemi
s'était engagé à faire le trajet de Londres à l pie, et â revenir dans le délai d'une année. 2i septembre 1788; r^lnnwfli Register, (]m i départ, ne parte pas de son retour. En tout ca ; changer son mode de locomotion pour la I canal.
' Le capitaine Barclay peut compter au nom cheurs les plus extraordinaires. Issu d'une tous les membres étaient renommés poui I athlétique, il commença ses prouesses dès I tendre.
En 1801 , n'ayant que vingt-deux ans. Il s'e résidence de ses parents, jusqu'à Borougli-Bi d'York) en cinq jours, la distance étant de ô le pari de 5,000 guinées.
Mais la marche la plus étonnante du i cfai/ date de juillet 1809. Il paria 3,000 li' (75,000 fr.) qu'il parcourait en 1 ,000 heures un espace de 1,000 milles. Beaucoup d'ai déjà tenté l'entreprise, mais sans succès. Les f s'élevèrent jusqu'à 100,000 livres st. Le capi en route le 1" juin, à minuit, partant de Ne . le 12 juillet, à trois heures après-midi, il i
CHAPITEE III