COUREURS DE LA NOBLESSE. CQUREURS MODERNES
Les Basques eiefrçaient aussi leurs jambes de bonne heure ; plus tard ils développaient par une pratique assidue leurs facultés locomotrices. Ces aptitudes les désignaient naturellement pour les fonctions de coureurs, qu'ils remplissaient auprès de la noblesse sous Tancien régime., Dans Rabelais (liv. I, chap. xxviir),Grand-Gousier dépêche « le basque son Uwquais pour quérir Gargantua eii toute hâte. » Ce qui prouve que déjà, sous François P% les enfants de cette contrée étaient employés aux services qui demandent le plus de diligence et d'agilité. « Du pays de fiéarn viennent des laquais, les plus propres à courir qu'on saurait demander, i dit un auteur de la fin du seizième siècle. Les noms de laquais et de banque étaient à peu près synonymes, dans l'ancien langage français ainsi que dans les usages de la société qui s'est éteinte en 89 ; or, les fonctions du laquais consistaient à courir pour le Compte de son maître. Les bourgeois qui voulaient se donner les airs de gens de qualité feignaient d'avoir un Basque à leur service ; c'est à eux qu'Henri Estienne fait allusion, lorsqu'il dit, dans ses Dialogues sur le langage ^français :« Et quand vous écrivez en quelque lieu, encore qu'il n'y ait qu'un petit mot, et que vous n'ayez aucun porteur exprès, mais mettiez la lettre en la miséricorâe du premier que vous rencontrerez, si faut-il dire que vous ayez dépêché votre basque qui va comme le vent. » lit nonseulement les Basques couraient ; mais encore ils sautaient dans la perfection.
Eti Angleterre, pays aristocratique s'il en fut, ces vélo* cipèdes étaient recherchés. Les qualités requises pour cette profession étaient en premier lieu la souplesse du corps et l'agilité, mais il fallait en outre une constitution robuste. Les coureurs étaient obligés de prendre beaucoup de précautions, à l'instar de nos jockeys ; ils avaient un genre de vie particulier et suivaient un régime se-
vère. En route, ils portaient toujours avec eux un bâton de 5 Qu 6 pieds de longueur, terminé par une boule de métal, ordinairement en argent. Cette capsule, servant à la fois de garde-manger et de cellier, renfermait leurs provisions de bouche, des œufs durs et un peu de vin blanc. Le caducée des coureurs de la noblesse anglaise est sans doute Toriginede ces cannes à pomme d'argent, que portent encore certains domestiques, dans les grandes maisons.
Le costume traditionnel de ces running footmen (mot à mot, laquais-coureurs) consistait en une casaque de jockey, en un pantalon de toile blanche sur lequel la chemise était quelquefois relevée, et en une toque ou casquette de soie ou de velours. Dans un manuscrit, daté de 1780, et cité par les Notes and Queries (1I"« Série, t. ^^ Londres, i856, in-4), on trouve ce renseignement: « Les coureurs buvaient du vin blanc et mangeaient des œufs durs. J'en rencontrai un, il y a quelques années : il avait un peu de vin blanc dans la grosse pomme d argent qui terminait sa grande canne et qui pouvait se dévisser. Il me raconta ses hauts faits. 11 avait parcouru parfois jusqu'à trois fois 20 milles (three score miles) par jour, soit 7 milles par heure. Dans les terrains accidentés, me dit-il, on peut conserver l'avance sur un carrosse de six chevaux ; mais en plaine, on n'est pas fâché quelquefois de faire signe au cocher avec son bâton pour le prier de serrer le frein et d'aller moins vite. »
Un bon coureur, en effet, devait arpenter, s'il était nécessaire, 7 milles à l'heure ; mais en se surmenant ainsi, l'individu se fatiguait vile et ne fournissait pas une longue carrière. — La même coutume régnait en Autriche, à la cour et parmi les nobles. Une dame anglaise, qui devait être pourtant habituée à ce spectacle, visitant, vers la fin du dix-huitième siècle, la capitale de l'Autriche, ne peut con-