LA FRONDE ET SON USAGE
li^aîtiesse, avait pour Tare et les archers le mépris que les chevaliers du moyen âge, embarrassés sous leur carapace de fer, ressentirent pour les armes à feu, dans les preïniers temps de l'invention de la poudre. C*est un sentiment identique qu'éprouverait aujourd'hui le soldat, si, . n'ayant qu'une arme d'ancien modèle, il était mis en présence d'un adversaire pourvu du fusil à aiguille ou du fusil Chassepot. La seule différence entre Diomède et lui, c'est qu'il ne pourrait, comme le héros grec, exhaler son indignation en paroles amères, car la discipline moderne défend de raisonner sous les armes.
De ce que nous venons de dire il ne faudrait pas conclure toutefois que l'arc fût regardé comme un instrument vil et abject, indigne d'être manié par des hommes libres. Les esprits les plus dédaigneux étaient bien forcés de convenir que l'arc était un progrès sur des inventions plus anciennes. 11 y avait eu d'abord la fronde, qui elle-même était un progrès sur le passé; car les premiers hommes durent faire comme les singes, lancer des pierres avec la main.
La fronde est cet instrument fait de corde ou de cuir au bout duquel on attache une pierre plus ou mois lourde, pour la projeter au loin... Mais est-il possible de la décrire? Tout le monde s'en est plus ou moins servi dans l'enfance, et en connaît la forme et les propriétés.
Le principe de l'instrument repose Fronde.
sur l'action de la force centrifuge. La pierre, contenue dans la fronde, tend à s'échapper par la tangente, et roidit la corde avec une intensité proportionnelle à cette force centrifuge ; mais elle est retenue par la main, qui, en faisant tourner la fronde, s'oppose à la sortie de l'objet qui y est renfermé. Elle s'échappe par la tangente, dès que la main cesse d'agir.
266 FORGE ET ADRESSC.
Les peuples de la Palestine se servwent très-anciennement de celte arme dangereuse; les plus habiles à la manier, parmi les Israélites, étaient les gens de la tribu de Benjamin, qui ne manquaient, dit-on, jamais leur but. Au livre des Juges (chap. xx, vers. 16), il est question de sept cents hommes de Gabaa, hommes d'élite, il est vrai, qui auraient été capables d'enlever un cheveu avec la pierre de leur fronde, car a ils ne frap()aient jamais à côté, )) dit rÉcriture sainte. Ce qui fait paraître leur adresse
plus surprenante encore, c'est qu'ils lançaient leur fronde de la main gauche. Ceux qui vinrent au secours de David à Tziklag n'étaient pas moins adroits ; ils se servaient indistinctement de la main gauche et de la main droite. David était leur ., ^ ^ ,. diî^ne allié; on connaît la victoire
frondeur représente sur ^ /^ ,. ,
une monnaie d'Aspen- qu il remporta sur le géant Goliath.
dus. en Pamphylie (A^ie ç.^^^ ^^^^ ^^^ -^^ ^^ ^ ^^^^^
mineure.) — Cabinet des t'
médailles' (Bibi. nation.) que David l'atteignit et le terrassa.
La fronde semble avoir été, dans les anciens temps, l'arme favorite des bergers, leur principal moyen de défense contre les bêtes fauves. 11 n'y a donc pas lieu de s'étonner du talent de David, qui avait dû maintes fois faire usage de cet instrument, quand il gardait les troupeaux de son père.
Je ne sais qui a prétendu que les nations asiatiques l'emportaient sur les peuples d'Europe dans le maniement de la fronde ; cette assertion n'est pas exacte, au moins en ce qui concerne les habitants des îles Baléares (aujourd'hui Majorque et Minorque), dont la remarquable adresse était passée en proverbe. Leur nom venait-il de cette qualité (j3â»stv, jeter), ou bien de leur adoration pour le dieu Baal? Il n'importe; mais ce qui est hors de doute, c'est