LA FRONDE ET SOK USAGE
qu'ils lançaient avec leur fronde des projectiles plus meurtriers qu'ils ne Teussent fait avec d'autres machines de jet. Ils s'en servaient même pour attaquer des villes; dans les batailles rangées, ils brisaient avec des pierres habilement dirigées les boucliers, les casques et les armes défensives de leurs ennemis, u Ces indigènes ont une telle justesse dans la main, dit Diodore de Sicile, qu'il leur arrive rarement de manquer leur coup. Ce qui les rend si forts à cet exercice, c'est que les mères contraignent leurs 'enfants, quelque jeunes qu'ils soient, à manier continuellement la fronde. Elles leur donnent pour but un morceau de pain pendu au bout d'une perche, et les font demeurer à jeun jusqu'à ce qu'ils aient touché le but ; ce pain qu'ils abattent est leur nourriture. »
En ce pays-là, les enfants étaient dressés à peu près comme les jeunes chiens sont dressés pour la chasse, ils ne mangeaient jamais d'autre gibier que celui qu'ils avaient abattu avec leur fronde.
L'instrument que savaient si bien manier les insulaires des Baléares était fabriqué avec une espèce de jonc. Ils en possédaient d'ordinaire trois, de longueur différente; l'un pour les grandes distances, le second pour les buts rapprochés, un troisième pour les distances moyennes. Au contraire, la fronde en usage chez d'autres peuples était faite de cuir ou de corde tressée. Elle se composait, chez les Grecs, de trois courroies et non d'une seule, comme c'était rhabitude partout ailleurs. Au reste, les Grecs ne connurent qu'assez tard les avantages de cette arme, dont il n'est pas fait mention dans ïlliade. Les Arcaniens devinrent, en Grèce, les plus habiles tireurs de fronde ; puis les Achéens, surtout ceux d'iËgium, de Patras et de Dyme. La fronde ne servait pas seulement à lancer des pierres, mais aussi des balles de plomb. On a recueilli, sur quelques points de la' Grèce, entre autres dans la
plaine de Marathon, plusieurs de ces projectiles de métal^ curieux à cause des inscriptions et des devises qu'on y remarque; ce sont ou des noms de personnes ou des épithètes appropriées à la circonstance, ou quelqile mot grec dont la traduction libre serait : Gare à vous!
Les soldais avaient toujours une provision de ces projectiles, qu'ils portaient sur eux, dans un pli de leur tunique formant une espèce de gibecière, ainsi qu'on peut le voir sur les monuments antiques. Les bas-reliefs de la colonne Trajane nous montrent un frondeur de Tarmée romaine, quelque soldat auxiliaire de Germanie, ayant son pallium garni de projectiles, sa fronde à la main, le bras tendu pour faire voltiger l'arme au-dessus de sa tète. Les Romains entretenaient, en effet, des frondeurs qui, de même que les archers, harcelaient l'ennemi par de fréquentes escarmouches, et, quand l'affaire devenait grave, se repliaient en arrière. Dans les camps, on formait les soldats à cet exercice, en dressant avec des fascines un but contre lequel il fallait frapper. La portée de leur fronde était considérable ; selon Végèce, elle atteignait 6O0 pieds romains.
A l'instar des troupes romaines, les milices de France et d'Angleterre comptèrent des frondeurs dans leurs rangs, et les conservèrent quelque temps encore après l'invention de la poudre. Les Espagnols employèrent cet engin jusqu'au milieu du quatorzième siècle. Mais je doute que .ces frondeurs eussent été de force à lutter contre les Ligures, ou Liguriens, dont parle Aristote. Apercevaient-ils une troupe d'oiseaux passer au-dessus de leurs têtes, ils se partageaient les coups et choisissaient dans la bande la pièce qu'ils voulaient abattre, tant ils étaient sûrs de ne pas manquer le but.
La fronde changea de forme par la suite des temps; on