LES DISCOBOLES
jeu, sans doute parce que c’était une excellente préparation à la guerre, où les Jeunes hommes se présentaient avec des bras robustes, capables de manier le glaive, et propres à lancer le javelot. Enfin les Romains, même à l’époque impériale, s’adonnèrent à cet exercice, auquel les anciens attachaient une importance qui ferait sourire notre génération efféminée.
Celui qui jetait le disque se plaçait dans un endroit nommé balbis, — il avançait la jambe droite, ployant un peu le genou; tout le poids du corps reposait sur son pied droit. Quand il était prêt à lancer la masse pesante, il s’in-' clinait; sa main gauche prenait un point d’appui; son bras droit, étendu, tenant le disque, et, levé à la hauteur de l’épaule, restait un moment dans cette position, prêt à décrire un demi-cercle dans l’air, ce qui avait lieu quand l’athléte, recueillanr toutes ses forces, lâchait ce qu’il portait à la main, tandis que lui-même sautait de quelques pas en avant,. comme pour augmenter encore la vigueur et la portée du jet.
Tout discobole, qui, entré dans le balbis, et au moment de jouer son coup, laissait échapper le disque de ses mains, était par cela même exclu du concours. Aussi les athlètes avaient coutume de se frotter la main droite de sable ou de poussière ; ils en enduisaient également le disque qui, rendu moins glissant, pouvait être plus facilement manié. Celte friction locale était accompagnée d’une onction huileuse sur tout le corps, l’onction ordinaire aux athlètes ; mais à quoi bon cette précaution, si les athlètes n’étaient pas nus, comme quelques-uns le prétendent !
Et dans le fait, il ne semble pas qu’il fût nécessaire, pour lancer un palet, de se débarrasser de ses vêlements. Tout au plus, le bras intéressé dans l’action devait-il être nu, pour conserver sa pleine et entière liberté. On a beaucoup disserté sur ce point, à savoir, si les discoboles dé-
pouillaienl toutou partie de leurs habillements, et surtout, s’ils se frottaient d’huile avant d’entrer en lice, question qui se rattache à la précédente; car s’ils n’allaient pas nus, que signifiait cette onction de tout le corps? C’eût été une peine superflue. On dira peut-être que c’était en vue de développer la force et d’accroître l’élasticité des muscles, rien de plus vrai; mais on admet, par cela même, la nudité complète des discoboles.
11 est une raison plus concluanle encore; c’est la manière dont cet exercice se pratiquait dans les jeux publics. La lutte pour le jet du disque n’avait pas lieu isolément; elle faisait partie du pen<a</«/e, c’est-à-dire des cinq espèces d’exercices dont se composèrent pendant longtemps les fêtes Olympiques, et qui étaient : la lutte, le saut, la course à pied, lejet du javelot, et celui du disque, qui, dans l’ordre des jeux, devait venir au troisième rang. Or, pour les exercices qui précédaient celui-ci , par exemple, la course à pied et la lutte, les athlètes étaient nus; de plus, ils étaient frottés d’huile et de poussière; s’ils avaient dû reprendre leurs vêtements avant de lancer le disque, un bon bain n’eût pas été de trop; mais où donc auraient-ils pris le temps nécessaire à cette opération?
Au reste, à quoi bon s’arrêter à cette question d’archéologie? N’avons-nous pas les statues antiques pour nous renseigner, au moins en ce qui concerne la nudité de celte classe d’athlètes? L’attitude du discobole était, en effet, un thème favori pour les artistes grecs; aucun n’a traité ce sujet avec autant de bonheur que le sculpteur Myron. L’œuvre originale n’est point parvenue jusqu’à nous, mais il en existe plusieurs copies, dont la meilleure se trouve dans la collection d’antiques du British Muséum à Londres. Myron, qui florissait vers l'an 432 avant Jésus-Christ, était un artiste de génie qui excellait à représenter les animaux et ne réussissait pas moins dans