SCANDERBEG ET LES TURCS
Scanderbeg accomplissait des prodiges. Le héros s'empressa de l’offrir à son souverain. Mahomet l’essaya luimême et la fit essayer par les guerriers les plus robustes de sa cour. Mais voyant qu’elle ne produisait aucun effet extraordinaire, il la renvoya, disant qu’il en possédait plusieurs d’aussi bonne trempe, sinon meilleures. Scanderbeg reçut l’objet sans sourciller; il s’en servit sous les yeux du messager impérial de manière à convaincre celui-ci de sa force prodigieuse, puis il le congédia par ces simples mots : « Dites à votre maître qu’en lui envoyant mon cimeterre, je ne lui ai pas envoyé mon bras. »
Son adresse à faire voler une tête d’un coup de sabre était passée en proverbe. C’est ainsi qu’il tua ce taureau sauvage et furieux qui ravageait les terres de la princesse Mamise, sa sœur, et qu’il abattit dans la Fouille un monstrueux sanglier, la terreur de tout le pays. Scanderbeg s’était promis d’exercer des représailles contre un certain Ballaban, convaincu de cruautés envers les Albanais. On lui amène un jour, liés ensemble, le frère et le neveu de son ennemi ; transporté de fureur à leur vue, et sans permettre que d’autres y portent la main, il les coupe en deux d’un seul coup de sabre, ou, comme dit un de ses historiens, dans son langage énergique, « il les tronçonna au travers du corps d’un seul coup*. »
• Histoire de Georges Castriot, surnommé Scanderbeg, roi d’Albanie, par J. de Lavardin, seigneur du Plessis-Bourrot. Paris, 1621, in-4*.