COURSE ET COUREURS
une des occupations les plus dignes d’un homme libre. On ne tarda pas à la cultiver dans les gymnases, et à lui donner une place dans les jeux publics, surtout à Olympie. Elle faisait même le principal ornement de ces fêtes. C’est par cet exercice, envisagé comme le plus noble, que s’ouvraient les jeux solennels: la lutte ne venait qu’en second lieu. C’est également par là que débute Homère, quand il décrit les jeux de force et d’adresse ; c’est par là que commencent les odes de Pindare et que s’allume l’entbousiasme du poète. Les Grecs comptaient le temps par olympiades, c’est-à-dire par l’espace de quatre années, qui s’écoulait entre le retour périodique des fêtes d’Olympie. L’art de courir était même tellement honoré, que les an-
Course antique à jiied. — D'après un vase du musée de Berlin. (Gerhard. Ant. Bildw. Cent. I. 6.)
ciens historiens, Thucydide, Denys d’Halicarnasse, Diodorc de Sicile et Pausanias, qui datent les événements par olympiades, ne manquent presque jamais d’y joindre le nom de l’athlète qui, dans ces solennités, avait remporté le prix de la course. Les combattants vainqueurs dans les autres exercices ne sont jamais gratifiés d’une pareille faveur, que la course devait à son utilité et à l’ancienneté de son origine.
FORCE ET ADRESSE
Il existait plusieurs variétés de la course à pied, la seule dont nous ayons à nous occuper ici : — la longueur de la carrière faisait tonte la différence entre elles. 11 y avait 1“ la course du stade, ou course simple, qui consistait i parcourir une seule fois rétendue de la carrière ou stade, laquelle était de 600 pieds à Olympie ; 2" le diaule, ou course double, c’est-à-dire que les athlètes, après avoiiatteint le but, devaient revenir au point de départ ; 5“ le dolu{ue, au sujet duquel les avis sont très-partagés, qui était de 7 stades suivant les uns, et selon les autres de 12 diaules, on ce qui revient au même, de 24 stades. Qui faqt il croire? La discussion de ce point obscur a produit une foule de longs et savants mémoires. Ab! messieurs les érudits, ce n’était pas votre plume qu’il fallait laisser courir en celte occasion, mais vos jambes !-(jue ne sortiez-vous de vos cabinets et de vos in-folios? que ne descendiez-vous sur le terrain ? — Que ne suiviez-vous l’exemple de ce philosophe qui, pour démontrer le mouvement, SC contentait tout bêlement démarcher, et de lord Byron, qui se jetait à l’eau, pour prouver que Léandre avait pu traverser l’Hellespont à la nage? Un gymnaste allemand, Gutsmulbs, procéda de la même manière : il fit courir ses élèves, çl resta convaincu que le dolique pouvait bien être de 24 stades, car son parcours n’excédait pas du tout les forces humaines.
11 est vrai qu’à ce métier trop souvent répété l’on risiiuait de perdre la vie. Tel fut le sort de Ladas(de Lacédémone), qui tomba mort en ariivant au but, après avoir couru le dolique. C’était un des plus fameux athlètes pour la course : on a pu dire de lui, quand l’expression était dans toute sa fi aicbeur « (jiie ses pieds ne laissaient aucune empreinte sur le sable. » Anthologie (jreccjue contient deux épigrammes le concernant, a Ladas a-t-il bondi? Ladas a-t-il volé à travers le stade? Personne ne peut le dire. »
œUUSE ET COUREURS.
L’autre est relative à la statue de cet athlète, œuvre du fameux sculpteur Myron, dont nous avons déjà parlé :
a Tel que tu étais, lorsque penché en avant, tu eflleurais le sol de les pieds, tel, o Ladas vivant encore, .Myron t’a coulé en bronze, en inipriinanl sur tout ton corps l’attente de la couronne olympique. Le cœur palpite d’espérance sur les lèvres, on voit le souflle de la poitrine haletante. Peut-être le bronze va s’élancer vers la couronne, la hase même ne le retiendra pas *. . . »
La Grèce comptait d’excellents coureui’s; les plus estimés étaient orijjiuaires de l’ile dé Crète, de la Messéuie el de la Laconie ; Crotoue en fournissait également (pii n’é- . taienl pas sans mérite. S’il fallait énumérer tous ceux([ui se disliuguéreut en ce genre, un volume ne suflirait j>as. •Mais, parmi les célébrités hors ligne, on peut ciler llerluogéne'de .\anlhe(en Lycie), qui remporta huit victoires, en trois olynqiiadcs, el fut bajitisé du surnom flalleur de Cheval; — Lasthéne le ïhéhain, qui battit iiu de ces ipiadrupèdes dans le li'ajet de Ghoronée à Thébes, — et Polymestor , jeune chevrier de .Milet , ipii attrapait un lièvre à la coui'se et qui, pour ce fait, fut envoyé par son maître aux jeux Olympiques.
Alexandre le Grand avait un coureur, i'hilonide, cpii parcourait en neuf heures l’esjmce de Sicyoïie à Elis (mesurant 1,200 stades).
« La barrière et la borne sont les seuls endroits du stade •; où se laisse voir le jeune athlète, dit un poêle de VAntholo(jie à propos d’un certain Arias de Tarse (en Cilicie); — jamais on ne l’aperçut au milieu de la carrière. » Ou ne peut exprimer d’une manière plusdélicate et plusfi-appante l’agilité d’un athlète. El comment oublier ce soldat, exli!*nué de fatigue ipii courut pour annoncei- la victoire (k’ Ma-
• Antholo(jic grecque. Paris, llaclieltc. 2 vol. iii-12. — T. II. p. 143.
ralhon et tomba mort aux pieds des magistrats d’Athènes? et cet Euchidas de Platée, qui s’en vint chercher à Delphes le feu nécessaire pour les sacrifices afin de remplacer celui que les Perees avaient souillé? Le même jour, avant le coucher du soleil, Euchidas était de retour ; il avait fait 1,000 stades à pied, mais il expirait en arrivant.
Les Romains n’étaient pas moins alertes. Pline parle de certains athlètes de son temps, qui parcouraient dans le cirque 160,000 pas ‘ ; il cite même un enfant, qui en courant de midi jusqu’au soir, fit un trajet de 75,000 pas. Or, ces faits sont d’autant plus étonnants, dit le môme Pline, que, quand Tibère se rendit en Germanie, près de son frère Drusus qui se mourait, il ne put arriver qu’au bout de vingt-quatre heures, quoiqu’il n’y eût que 200,000 pas.
Course aniu'e. — Coupc du musée de Berlin.
et l’empereur, comme bien on pense, n’allait pas à pied.
Les coureurs, comme tous les autres athlètes, étaient nus ; mais il y avait une espèce de course où les concur- /
• Le pas [passas] était une mesure itinéraire des Romains.
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contsK KT cornKnis.
rouis se présentaient armés, non de pied en cap, mais an moins avec le casque et le honclier. On les appelait les
Course aux flambeaux. — D'après un vase pciiil de la coliccliou llamilton. (Tisrlibcin, II, 'ili ]
hoplilodronies. Il existait encore des courses au flandjoan, qui s’exécutaient à pied et même à cheval et consislaieni.
('ourse aux flambeaux. (Ccrliard, Aiil. Uililw. Cenl. 1, i.) . i
soit à porter son llamhean tout en courant et à parvenir au but sans l’éteindre, soit à le transmettre intact à un autre
FORCE ET ADRESSE
coureur, qui devait le porter dans le même état à un troisième, et ainsi de suite.
Xénophon fait remarquer que les athlètes adonnés à cet exercice avaient ordinairement de grosses jambes, et des épaules minces, ce qui était le contraire chez les lutteurs.
Les coureurs de l’antiquité, qui se destinaient aux jeux Olympiques, avaient grand intéi'èt à ce que rien ne gênât la ra|)idité de leurs mouvements, et dans ce but, ils prenaient un soin particulier de leur rate, dont l’altération pouvait exercer sui‘ leur agilité une influence funeste. En effet, le gonflement et rendurcissement de cette partie conti'ibuent heaucouj) â appesantir le corj)s tout entier; si ce viscère est altéré, le sang, n’étant plus subtilisé par bii, — comme c’est sa fonction, — le sang, dis-je, s’épaissit, ne coule plus aussi facilement et ne peut fournir aux muscles la substance nécessaire pour entretenir la souplesse ; de plus, le diaphragme étant comprimé, la respiration d(ïvient fréquente et pénible, et cet état nuit l)eaueoup à la vitesse des coureurs.
Au reste, cette opinion au sujet de l’influence de la rate sur l’économie entière, n’était pas particulière aux coureurs do profession, c’était le sentiment général, et quand quelqu’un, en cj temj)s-là, se trouvait moins agile qu’à l’ordinaire, il s’en prenait aussitôt à la mauvaise constitution de sa rate. Plaute, dans une de ses pièces, met en scène un valet paresseux qui accuse sa rate pour excuser l’inertie de ses jambes : « Ab ! voici un couivur à qui les jambes manquent! s’écrie le valet. Ciel! je suis perdu! Ma rate s’agite et me gagne la poitrine. Je ne puis plus respirer. Je ferais un très-mauvais joueur de flûte. »
Aussi, les athlètes qui voulaient disputer le prix de la course veillaient à entretenir leur rate dans le meilleur état possible. D’autres, afin d’être délivi’és une fois pour toutes d’un tel souci, cherchaient à se débarrasser d’un viscère