COIUEI US DE LA NOBLESSE. COUREI RS MODERNES
On aime encore à citer dans le nord de l’Angleterre le trait classique d’un de ces messagers, envoyé de Glascow à Édimbourg, pour chercher un médecin, que dis-je? deux médecins. 11 accomplit le trajet en un clin d’œil, comme s’il avait eu des ailes. Chemin faisant, on lui demande comment se porte son maître; mais lui, n’a pas le temps de s’arrêter et, tout en courant, il crie : « Mon maître n’est pas encore mort, mais ça ne tardera pas ; car il aura bientôt deux médecins prés de lui. »
Le nom de ce bipède ailé n’a pas été conservé ; mais on nomme en fait d’agiles coureurs un certain Irlandais, du temps de la reine Klisaheth, au sei'vice de lord Henry Bcrkeley.il s’appelait Langham. Lady Berkeley étant tombée malade à Gollowdon, résidence de la famille, on envoya Langham porter une lettre chez un vieux docteur de Londres ; il revint, tenant à la main une bouteille qui contenait la polion prescrite par le médecin ; Langham avait accompli le trajet de 148 milles en quaranle-deux heures et encore s’était-il arrêté la nuit chez le médecin, puis chez l’apothicaire, l'n cheval n’aurait pas fait mieux.
Dans ses Lettres d'Italie, écrites au dix-huiliéme siècle, Bcckfort, disait; « J’étais à Plaisance au printemps de 1760. J’envoyai mon coureur à Mantouc. 11 ne put partir avant six heures du matin, les portes de la ville ne s’ouvrant qu’à ce nloment. La réponse qu’il me rapporta était datée de Mantoue, deux heures de l’aprés-rnidi. 11 me la présenta de bonne heure, le lendemain matin, avant mon lever ; et encore, il me fit beaucoup d’excuses pour n’être pas revenu le même jour. Ces gens sont capables d’accomplir des prodiges; mais il est cruel de les mettre à l’épreuve sans nécessité. La distance entre les deux villes, ajoute Beckford, parait être sur la carte de 60 milles; mais le chemin en réalité n’est pas du tout direct. » L’ambition deces coureurs de l’aristocratie anglaise était
FORCE ET ADRESSE
de battre un cheval à la course. On en cite plusieurs qui lirent le pari de lutter de vitesse avec un attelage et, chose surprenante, ils gagnèrent leur pari. Le dernier duc de Marlborough (dix-huitième siècle) conduisant luiniêrne un phaèton à quatre chevaux , fut battu par un coureur, dans le trajet de Londres à Windsor; mais le vainqueur eut le sort de quelques-uns de ses pareils dans l’antiquité. En arrivant au but, il tomba pour ne plus se relever.
A mesure queles communications devinrent plus faciles, les routes plus praticables, et les voitures plus légères, l’usage des coureurs diminua. Walter Scott eut encore occasion de voir le carrosse de sir. lobn, comte d’Hopetown, escorté d’un coureur tout de blanc habillé et portant la verge, insigne de sa profession [dothed in whitc, and hearing a staff). — Le duc de Queensbury, mort en 1810, conserva cette coutume plus longtemps qu’aucun autre gentilhomme de Londres. Ce'digne personnage avait pour habitude de n’engager des coureurs à son service qu’après les avoir essayés. 11 se plaçait à son balcon de Piccadilly, et de là regardait les malheureux, courant à suer sang et eau. Les concurrents revêtaient, avant l’examen, la livrée de Sa Seigneurie. Un jour, un quidam se présente : on rhabille, et il se met en mesure de donner un échantillon de ses talents. C’était, à ce qu’il parait, un homme fort habile en son genre, car Sa Grâce lui dit après l’avoir mis à une rude épreuve ; « Vous ferez très-bien mon affaire, jeune homme. — Et votre habit fera la mienne égalc- .ment, dit l’autre.» A ces mots, il prend ses jambes à son cou; oneques depuis, on ne l’a revu. Le duc de Queensbury aurait pu faire courir après ce drôle ; mais il s’en garda bien ; car il s'était aperçu que l’autre courait mieux que tous les gens de sa maison.
Le souvenir des coureurs de l’aristocratie s’est conservé dans la langue anglaise; le mot qui désigne un domestique