COUREURS DE L\ NOBLESSE. COUREURS MODERNES
de grande maison est foolman (homme de pied, valet de pied). On voit à Londres, dans Cliarles-street (Borkelej- Square), une taverne fréquentée par la domesticité des grands hôtels du voisinage; à la porte pend une enseigne fort ancienne représentant un petit homme agile, pimpant et guilleret ; c’est peut-être le portrait d’un des coureurs les plus célébrés du temps jadis. Il porte à la main le
Coureur de l'aristocratie anglaise, d'après une ancienne enseigne, qui existe encore à Londres.
béton de métal ; au dessous du portrait, on lit ces mots : Je suis le valet-coureur.
Les traditions ne se perdent jamais complètement en .Vnglelei re. Qui croirait que cette classe curieuse de vélocipèdes existe encore, à l’heure qu’il est, à la barbe des chemins de fer et des appareils télégraphiques? Oui, les coureurs escortent encore la voiture d’apparat de certains hauts fonctionnaires, dans les provinces du nord de la Grande-Bretagne. Quand le shériff de la cour de Northumberland se rend au tribunal pour installer les assises, son carrosse est flanqué de deux coureurs en casaque légère.
FORCE ET ADRESSE
en culotte blanche, en casquette de jockey, qui trottent aux 4eux côtés de la portière, dont ils tiennent le bouton à la main.
L’Allemagne n’a pas renoncé non plus à cette ancienne institution. Le roi de Saxe entretient, ou du moins entretenait encore des coureurs, il y a quelques années. Représentez- vous l’étonnement d’un touriste, lorsque, se promenant aux portes de Dresde, il vit passer au milieu d’un tourbillon de poussière (c’était par une chaude journée du mois de juillet 4845) Sa Majesté le roi de Saxe, dans un équipage à quatre chevaux, escorté de coureurs. Le touriste était Anglais, j’entends par là peu facile à émouvoir, et pourtant il fut étrangement surpris, comme si quelque vision fantastique eût passé devant ses regards. En avant de la voiture, courait un vieillard d’environ soixante-dix ans, de 6 pieds de haut, rapide comme un cerf. Son costume rappelait ceux des coureurs du dix-huitième siècle ; la seule différence, c’est qu’il était plus galonné, plus brodé, plus surchargé de dentelles et d’effilés desoie. Son bonnet était surmonté de deux plumes de héron, et des clochettes tintaient à son grand ceinturon de cuir. Auprès de lui, s avançaient ses deux fils, jeunes et grands gaillards vêtus comme leur père. — M. l,amont (c’est le nom du voyageur) assistait quelques heures après au repas du roi, non comme invité, mais en simple spectateur; car en ce pays, les souverains mangeaient encore en public, usage ridicule, depuis longtemps aboli chez nous. Le vieux coureur se tenait debout derrière le fauteuil du roi. Cette place de confiance indiquait assez le crédit dont il jouissait auprès de son maître.
Revenons à l’Angleterre, qui fut, au dix-huitième siècle, la patrie des excentricités ; Dieu sait combien de paris singuliers s’engagèrent à cette époque. Les jambes des coureurs et des marcheurs célèbres firent perdre
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presque autant d’argent que des jambes de danseuses. Car les marcheurs n’avaient pas moins de vogue que les coureurs. Parmi les premiers, le plus célèbre fut un certain Powell, né à llorsefortb, près de Leeds en 1754; sa vie n’est qu’une succession de marches et de contremarches. Quand il fut dans l’impossibilité de remuer scs jambes, il se coucha et mourut (avril 1793). Les peuples apathiques de l’Orient, qui vivent sur le dos plutôt que sur les pieds, disent que le bonheur est horizontal ; — aux yeux de Powell, il était vertical.
Dans le même temps, un jeune gentleman irlandais s’était engagé à faire le trajet de Londres à Constantinople, et à revenir dans le délai d’une année. Il partit le 21 septembre 1 788 ; VAnnual liegister, qui annonce son départ, ne parle pas de son retour. En tout cas, il aura dû changer son mode de locomotion pour la traversée du canal.
Le capitaine Barclay peut compter au nombre des marcheurs les plus extraordinaires. Issu d’une famille dont tous les membres étaient renommés pour leur force athlétique, il commença ses prouesses dès l’ôge le plus tendre.
En 1801, n’ayant que vingt-deux ans, il s’en alla d’Uri, résidence de ses parents, jusqu’ù Borough-Bridge (comté d’York ) en cinq jours, la distance étant de 300 milles et le pari de 5,000 guinées.
Mais la marche la plus étonnante du captain Barclay date de juillet 1809. Il paria 3,000 livres sterling (75,000 fr.) qu’il parcourrait en 1 ,000 heures consécutives un espace de 1,000 milles. Beaucoup d’autres avaient déjà tenté l’entreprise, mais sans succès. Les paris engagés s’élevèrent jusqu’à 100,000 livres sf. Le capitaine se mit en route le l*'juin, à minuit, partant de Newmarket; et le 12 juillet, à trois heures après-midi, il revenait sain
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et sauf. On guettait son arrivée. Dès qu’on l’aperçut, les cloches sonnèrent à toute volée, et Barclay fit son entrée solennelle dans la ville. Sa lâche était d’autant plus pénible qu’il avait à peine le temps de prendre quelque nourriture, et ne pouvait par conséquent réparer ses forces. On était quelquefois obligé de le soulever après son sommeil, tant il tombait de lassitude ; cependant, ses jambes n’enflèrent jamais, et l’appétit ne lui manqua point un seul instant. Cinq jours après cette laborieuse campagne , il était sur pied et vaquait aux devoirs de son état militaire.