‹ Merveilles de la force et de l'adresse Agilitésouplesse, dexte̋rité. Les exercices du corps chez les anciens et chez les modernesChapitre 64 sur 104 · L’ARC DANS L’ANTIQUITÉ. — TIR A L’OISEAU · texte numérisé non relu

L’ARC DANS L’ANTIQUITÉ. — TIR A L’OISEAU

tireurs d’arc qui disputent le prix du tir à l’oiseau pendant les jeux funèbres en l’honneur de Patrocle. Achille a fait dresser dans le sable un inât de vaisseau an bout duquel est attachée une corde qui retient la colombe. Les deux antagonistes sont Teucer, très-habile archer, et Mérion, écuyer d’Idomènée. « On agite les sorts dans un casque et celui de Teucer sort le premier. Ce Héros lance une flèche qui s’envole avec rapidité; mais comme il n’avait pas promis de sacrifier à Phœbus une illustre héca-

Arclier apprêtant son arc. — D’après un vase peint du musée du Louvre.

tombe de jeunes agneaux, le dieu l’empêche d’atteindre le but ; la flèche manque la colombe et va percer la corde près du pied de l’oiseau. La colombe s’envole dans les cieux et la corde tombe à terre. » Mérion, qui tenait déjà sa flèche, tout prêt à la lancer, enlève l’arc des mains de Teucer, suit de l’oeil la colombe qui vole au milieu des nuages et l’atteint au-dessous de l’aile ; le trait la Iraverse de part en part et tombe aux pieds de Mérion, proclamé vainqueur aux applaudissements de toute l’ai mée.

4 FüIUiE KT ADHESï>K.

Après le poète gi'cc, le poète latin. Éiiée a lui aussi, parmi ses compagnons, des archers d’élite qui fournissent des preuves de leur adresse aii.v jeux célébrés pour les mânes d’Ânehise. Virgile, au cinquième livre de ÏÉnéide, a voulu rivaliser avec Homère, et il donne un pendant à la scène précédente; nous allons y voir un coup d’adresse merveilleux, une flèche lancée avec j^ant de force qu’elle prend feu an milieu des airs.

« Énée invite au combat ceux qui savent le mieux lancer une flèche rapide, et il propose des prix. En même temps, il dresse de sa main un mât de navire; au sommet s’agite une colombe retenue par une corde légère, et qui doit servir de but. Déjà les concurrents sont réunis; un casque d’airain a reçu leurs noms. Le premier désigné par le sort, et dont le nom est salué par de flatteuses acclamations, est llippocoon, fils d’Hirtacus; après lui, Mnesthée, vainqueur il n'y avait qu’un instant dans un autre combat, et la tête ceinte encore de la palme verte. Le troisième est Enrylion, — le dernier Aceste, qui ne craint pas d’essayer sa force dans cet exercice de jeunes gens.

« Chacun, d’une main vigoureuse, courbe l’arc flexible et lire une flèche du carquois. Le premier trait qui part est celui du jeune Hippocoon; la corde frémit, la flèche siffle à travers les airs, vient frapper le mât, et y reste plantée. L’arbre en a tremblé ; — la colombe effrayée bat des ailes, et la foule de pousser de bruyants applaudissements.

« L’ardent Mnesthée s'avance, l’arc tendu, le front haut, les yeux et la flèche dirigés vers le but; — mais le malheureux ne réussit pas à frapper la colombe de son fer aigu ; seulement il rompt le lien léger qui la retenait captive. L’oiseau s’enfuit à tire-d’aile dans les sombres nuages.

L’AKC DANS L’A.NTlULlTÉ. — TIR A L’OISEAU. 275.

(( L'impatient Eurytion, qui depuis longtemps tenait son arc tendu, suit des yeux l’oiseau qui parlait triomphant, — et l’atteint sous la sombre nue ; la colombe s’abat, et en tombant, rapporte la llècbe qui l’a percée, »

Restait donc Aceste, qui n’avait plus rien à faire, puisque la colombe était à bas. La palme était perdue pour lui. Cette situation piteuse, votis devinez que Scarron n’aura pas manqué de l’exploiter dans le poème où il a travesti la chaste muse de Virgile, et même il en a tiré, comme vous allez juger, un assez bon parti :

Qui fut camus? Ce fut Aceste,

Voyant que pour lui rien ne reste,

El qu’il faut, s’il veut décocher,

Qu’il aille ailleurs un prix chercher.

Mais le facétieux bonhomme Ne laisse pas de tirer, comme S’il eût tiré dessus l’oiseau ;

Et lors, un prodige nouveau Etonna toute l’assemblée...

« O prodige! la flèche, en volant, s’enflamme dans les nues, marque son passage par un sillon de feu, et se perd au milieu du vague des airs, pareilleà ces étoiles détachées de la voûte du ciel qui courent à travers l’espace, en traînant après elles une chevelure enflammée. Chacun demeure interdit , et implore les dieux. Énée emltrasse Aceste, le comble de présents magnifiques et lui dit : « Prends, ô vieillard ; car le puissant roi de l’Olympe a « voulu, par uu tel présage, t’élever au-dessus de t< s ri- « vaux. C’est Anchise qui te récompense par mes mains; — « accepte celte coupe ciselée, dont Jadis le roi de Thrace « fit présent à mon père, comme gage de son amitié. » Il dit et ceint son front du vert laurier en le proclamant vainqueur. Le généreux Eurytion ne se montra pas jaloux de celte préférence, bien qu'il eût seul abattu l’oiseau. «

FORCE ET ADRESSE

Ce discours d'Énée, rirrévérencieux Scarron en a fait ce qui suit, en des vers fort plaisants, ma foi :

Il s’approche du père Aceste,

En lui disant : « .le vous proteste Qu’onc ne fut archer plus adroit.

Sans l’avoir vu, qui le croiroit Que vous dussiez pu, d’une flèche,

Faire feu, comme d’une mèche?

Vraiment, ou je n’y connais rien,

Ou Jupiter vous veut du bien.

Quant est de moi, je vous révère Autant que j’ai fait feu mon père;

Je dirais que ma mère aussi,

Mais ce serait mentir ainsi.

Que si les prix sont pour les autres.

Vous aurez quelques présents nôtres.

Pour vous faire oublier le tort Que vous a fait ici le sort. »

Page 1