LES PEUPLES LES PLUS CÉLÈBRES POUR LE TIR DE L'ARC
Ai-chers Scythes. — Loi des Perses. — Cambysetue un enfant pour mon* trer son adresse. — Les Parthes. — Ils ne combattaient que le jour. — Une flèche à l'adresse d’un œil. — Hirondelles abattues au roi. — L'arc chez les Romains. — Les cornes de l'empereur Doraitien. — Commode et ses prouesses. — Trois flèches tirées A la fois d'un seul arc. — Les Grecs et les croisés. — Les Cabôclos, au Brésil.
Parmi les peuples de l’antiquilé réputés les plus habiles à tirer de l’arc, on doit citer les Scythes, les Parthes, les Perses et les Grétois.
Les Scythes, au dire de Platon, tiraient également bien de la main droite et de la main gauche.
Les rois de Médie avaient pour maîtres des archers Scythes. C’est ainsi que Cyaxare I" engagea quelques individus de cette nation pour qu’ils apprissent à son fils à tirer de l’arc.
Chez les Perses, il existait une loi d’après laquelle on devait enseigner aux enfants, à partir de la cinquième jusqu’à la vingtième année, trois choses : 1” à monter à cheval; 2“ à bien tirer de l’arc; 5“ à ne jamais dire un mensonge.
Cyrus fut, dès son enfance, habitué à manier l’arc.
Cambyse, son fils, était un archer fort adroit. Il fournil un jour une preuve effrayante de son adresse, je devrais dire plutôt de sa cruauté, à ce que nous apprend Hérodote :
KOHCE ET ADHESSE.
« On raconte qu’un jour Canibyse dit à Prexaspe, qu’il honorait entre tous, l’employant d’ordinaire à ses messages et ambassades, et dont le fils était son échanson, ce qui n’était pas un mince honneur; il dit à Prexaspe : « Apprends-moi, je te prie, une chose : « Qu’est-ce que les « Perses qiensent de moi? quel homme suis-je à leuis « yeux? » Et Prexaspe répondit ; « O roi, ils te louent « grandement en toutes choses, excepté en une seule, ils K te disent trop adonné au vin. » Cambyse fut irrité de ce discours des siens, et répliqua : « J’entends; les Perses K prétendent qu’étant trop adonné au vin, ma raison se « trouble, et que j’extravague. Ce qu’ils disaient naguère « n’était donc pas la vérité? »
<( En effet, quelque temps auparavant, en pleine assemblée des Perses, Grésus le Lydien étant présent, Cambyse leur avait demandé ce qu’ils pensaient de lui-même comparativement à Cyrus, et on lui avait répondu qu’il valait mieux que son père, puisqu’il régnait sur tous les pays que celui-ci avait possédés, et que, de plus, il y avait ajouté par conquête l’Égypte et la mer.
« Les Perses avaient tenu ce propos; maisCrésus qui ne se contentail pas de si peu, avait dit: « Fils de Cyrus, je ne te crois pas semblable à ton père, car tu ne nous a pas encore donné un fils pareil à celui qu’il nous a lais.sé. » Enchanté de ces paroles, Cambyse avait loué le jugement de Crésus.
« Cet enlrelien lui revenant à la mémoire, il dit en colère à Prexaspe : a Apprends à l’instant toi-même si les Perses disent vrai, et si, en tenant de tels propos, leur raison est bien saine. Regarde; je vais tirer sur ton fils qui se lient là-bas sous le portiqjie, et si je l’atteins au milieu du cœur, les Perses ne savent pas ce qu’ils disent; au contraire, si je le manque, c’est qu’il y a apparence de vérité dans leurs propos et que je suis un insensé. » Ce disant, il
LES I‘EUIi,ES CEI.ERHES PoHJ LE TIR DE I.’AIIC. ‘j-jy
tendit l’arc et décocha sa flèche; l’enfant tomba roid<‘ mort. Cambyse ordonna qn’on ouvrit sur-le-champ le corps pour examiner la blessure et juger de son adresse. On trouva que la flèche avait traverse* le cœur. .Alors le roi se tournant vers le père en riant et en témoignant u: e vive allégresse: « Tu peuxvoirmaintenant, luidil il,queje ne suis pas fou et que les Perses s’ahu.sent; réponds-moi, je te prie; — as-tu vu jamais un homme toucher plus parfaitement le but? »>
a Prexaspe, jugeant que le roi ne se possédait plus : « Maître, dit-il, jonc pense pas qu’un Dieu même puisse tirer si bien *. »
Cambyse avait toujours son arc à ses côtés pour s’en servir au besoin; car nous voyons par un autre j)assage <niérodote , que mécontent des avis que lui donnait Crésus le Lydien, au sujet de sa conduite, il saisit tout à coup son arme favorite pour punir l’imprudent conseiller, qui n’eut que le temps de s’enfuir. La jalousie qu’il manifestait pour son frère, venait, disait-on, de ce que seul de tous les Perses, Smerdis avait pu tendre, sur une largeur de deux doigts, un arc envoyé par le roi d’Élbiopic.
Quant aux Parthes, c'était une nation d’archers et de cavaliers. Leur armée se composait presque entièrement de cavalerie légère, fort bien montée sur des chevaux <l’une vitesse prodigieuse, et armée d’arcs d’une force étonnante, capables de traverser les corps les plus durs. Avec leurs flèches, ils perçaient boucliers et cuira,sses,.et clouaient pour ainsi dire au corps la main de leurs ennemis. « Ils n’ont que peu de fantassins, dit Dion Cassius, et ce sont des soldats très-médiocres; cependant ce sont encore des archers, car tout le monde en ce. pays pratique, dés l’enfance, le tir de l’arc. Leur manière de com-
‘ Hérodote, liv. lit, § 35.
FORCE ET ADRESSE
battre est déterminée par la nature du sol et du climat. Leur pays, composé en grande partie de plaines, nourrit aisément des chevaux, et est très-propre à la cavalerie. Pendant la guerre, ils emmènent avec eux de grands troupeaux, en sorte qu’ils peuvent toujours changer de monture, accourir avec rapidité des points les plus éloignés, et s’enfuir avec la même vitesse. Le ciel qui s’étend au-dessus de leurs têtes ne renferme aucune humidité ; ce qui donne à leurs arcs une force de tension toujours égale, excepté en hiver, saison pendant la quelle ils n’entreprennent jamais d’expédition. » Et non-seulement les Parlhes ne livraient pas de bataille pendant l’hiver; mais de plus, ils ne combattaient pas la nuit, à ce que rapportent le même Dion Cassius et Plutarque, qui n’en donnent pas la raison. A la chute du jour, les guerriers se hâtaient de fuir du champ de bataille sur leurs chevaux agiles. La raison de cet empressement et de celte fugue, on peut la trouver dans ce que Dion Cassius vient de dire de la sécheresse de leur climat. La clarté de leur ciel, pendant la nuit, produisait une rosée plus ou moins abondante, qui relâchait la corde des arcs. Joint à cela que le tir eût été moins juste, même par les plus beaux clairs de lune, où l’ombre peut produire de loin des apparences trompeuses. Autrement, leurs vastes plaines de sable se fussent merveilleusement prêtées à des combats de nuit.
La tactique des Parthes consistait, comme on sait, à déborder l’ennemi, à l’entourer, et, une fois enfermé dans un cercle qui se rétrécissait toujours, à l’accabler sous une grêle de projectiles. Les flèches ne leur manquaient pas ; des chameaux, chargés de munitions de guerre, suivaient les troupes en campagne. Pour donner plus de vigueur à leur coup, ils se reculaient à une certaine distance, et c’est cet intervalle entre leurs ennemis et eux que les soldats romains avaient toujours hâte de combler.