L’ARCHER ROBIN HOOO
Sa naissance. — Ses frères d’armes. — Flèches lancées à un mille de distance. — Un épisode du roman d’ivanhoé. — L’archer Locksley. — La baguette de saule, — La ballade d’Adam Hell. — William de Cloudeslyel son adresse. — Robin Hood manque une fois le Lut. — 11 passe à l’état de saint. — Tir de l’arc à cloche-pied.
Il est un personnage qu’on peut ranger hardiment à côté des meilleurs archers de l’antiquité, dont, pour sa part, il n’avait sans doute jamais entendu parler. Le nom des l’arthes, des Scythes, des Perses et des Crétois ne devait pas avoir frappé l’oreille de cet archer du moyen âge, le fameux Robin Hood, le héros favori des ballades anglaises.
D’après l’opinion généralement adoptée, Robin Hood vivait sous le règne (îe Richard I" Cœur de lion. Une épitaphe gravée sur sa pierre tumulaire, qu’on a trouvée près de Kirklees, dans le comté d’York, le fait mourir le 24 décembre 1247. Mais cette pierre et son inscription sont regardées aujourd’hui comme apocryphes.
Le Robin Hood des ballades paraît avoir été le plus célèbre de ces forestiers connus sous le nom d'outlaws {gens mis hors la loi) qui vivaient dans les grandes forêts d’x\ngleterre et qui, tout en prenant parti pour la cause de l’indépendance nationale contre les rois normands, songeaient avant tout à chasser le gibier et à détrousser le passant.
La résidence ordinaire de ce braconnier et bandit célèbre
I/ARCIIER ROBIN IIOOD,
était la forêt de Shircwood, ou Slierwood (comté de Nottingham), appelée alors Sire-Vode en langage saxon, tlle s'étendait sur nn espace de plusieurs centaines de milles, depuis iNottingham jusqu’au centre du comté d’York.
D’après certaines versions, il était de race noble, et s’appelait Robert Fitz-Ooth ; il aurait même eu, dit-on, le droit de porter le titre de comte de Iluntingdom ; mais, ayant mené dans sa jeunesse une vie dissipée, et mangé la plus grande partie de son patrimoine, il fut obligé de se réfugier dans les bois, tandis (pie le reste de ses biens était dévoré par un shériff et un abbé ; de là l’origine de sa haine contre le clergé, et contre l’autorité civile. 11 n’est pas probable que Robin Ilood fût de si haute naissance. 11 aimait trop le peuple, et faisait trop de bien aux pauvres gens en leur distribuant ce qu’il possédait (il ne possédait à la vérité que le produit de ses brigandages), pour n’êire pas sorti des rangs de la classe inférieure.
Robin Hood était donc le meilleur cœur du monde, en même temps que le plus hardi braconnier, et, ce qui surtout importe ici , le tireur d’arc le plus adroit et le plus habile. Sa bande était composée d’une centaine d’bommes aussi déterminés, aussi bons archers que leur capitaine. Plusieurs de ses acolytes, immortalisés par les ballades, vivent encore dans la mémoire du peuple. C’étaient Mutch, le fils du meunier, et le vieux Scatblocke; c’était surtout son second et lieutenant favori Litlle~John (Petit- Jean), ainsi nommé par dérision, à cause de sa taille athlétique, et enfin le chapelain de la bande, Friar Tnck, le frère Tuck, moine-soldat, qui combattait en froc, armé d’un solide gourdin. C'est ce frère-lai, bon vivant pardessus tout, que Walter Scott a rendu (Célèbre, dans son roman A'ivanhoc, sous le titre d’ermite de Kopmanhurst. Cette vaillante troupe n’engendrait point la mélancolie; ceux qui la composaient ne tuaient pas les prisonniers,
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ils ne versaient le sang que pour défendre, leur propre vie et pour échapper à leurs ennemis. Ils aimaient mieux se verser du vin, opération à laquelle le frère Tuck particulièrement s'entendait à merveille.
L'esprit aventureux du •personnage, — sa résistance à des lois tyranniques, — son humanité, — la protection qu’il accordait aux faibles, — son goût pour le tir de l’arc et son adresse merveilleuse, en voilà plus qu’il ne fallait pour populariser le nom de lîohin Ilood. Les localités fréquentées par lui, les fontaines et les citernes auxquelles il avait coutume de s’arrêter et de boire, les pierres qui lui servaient de lit de repos, sont encore aujourd’hui vénérées et visitées par des admirateurs fanatiques. Son cor de chasse est aussi populaire que celui de Roland en France. Autrefois on célébrait des jeux et des fêtes en son honneur; les corporations d’archers et d’arbalétriers ne manquaient pas de se placer sous son patronage. Les tireurs juraient par sou arc, qui, jusqu’à la fin du siècle dernier, a été conservé, avec une de sesfièches, à Fountain’s Abbey.
C’est avec cet instrument qu’il accomplissait les prouesses qui lui ont valu sa i-épntation. Mais quels sont ces traits d’adresse, si remarquables? va demander le lecteur. ÎVous serions bien en peine de répondre à cette question, puisque l’histoire n’en dit mot. Tout ce quelle nous a transmis au sujet de Robin llood se borne à quelques phrases dans le genre de celle-ci : « Parmi les déshérites,. on remarquait alors le fameux brigand Robert Hood, quele bas peuple aime tant à fêter par des jeux et des comédies, et dont l’histoire, chantée par les ménétriers, l’intéresse plus qu’aucune autre *. »
Si vous voulez en savoir plus long sur la vie et les aventures de ce coureur des bois, il faut consulter les ballades.
‘ Aug. ThieiTV, Uktoivc de In conquHc de V Aughlcrrc par les Normands. Paris, i vol. in-S.
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Mais les ballades elles-mêmes ne citent pas de trait particulier de son adresse. Cependant Walter Scott a cru pouvoir lui en attribuer un, que connaissent déjà ceux qui ont lu le roman iVIvanhoe, c’est-à-dire tous ceux qui savent lire. Le romancier a-t-il inventé le fait? Non pas; il l’a puisé dans des ballades plus anciennes que le cycle de Itobin Hood ; — et l’on peut dire, pour la justification de Walter ' Scott, que si l’exploit n’est pas de Robin Hood, il est parfaitement digne de lui. En tout cas, il a été exécuté par un Anglais. Si ce n’est lui, c’est du moins un de .sescompati iotes.
Toutefois, avant de citer Walter Scott, voyons ce que la tradition attribue à notre héros.
On raconte que Robin-Hood et son fidèle Lit lie- John, tirèrent plusieurs fois des flèches portant à un mille de distance. « La tradition nous informe, dit Charlton dans son Histoire de Whitby, que Robiu-Hood, assisté de son compagnon Little-John,s'en vint un jour, dans une de scs promenades, dîner chez l’abbé Richard, prieur de l’abbaye de AVhitby, lequel ayant entendu parler de leur grande habileté à tirer de l’arc, les pria, quand on fut sorti de table, d’en montrer un échantillon à ses convives. Donc, pour obliger M. l’abbé, ils montèrent au sommet du monastère, et là, décochèrent chacun une flèche qui ne tomba pas loin de Whitby-bath, de l’autre coté de la route. En mémoire de cet événement, le |)ricur fit placer, à l’endroit où l’on trouva les deux flèches, une colonne qu’on y voit encore aujourd’hui; il y a la colonne de flobin Hood et celle de son ami Little-John. La distance de l’abbaye de Whitby est au moins d’un mille bien inesuiè, ce qui semble hors de la portée des flèches. »
Et l’honnête écrivain ajoute avec naïveté : « Cette circonstance ébranlera peut être la conviction de quelquesuns de mes lecteurs*... »
* Jiislory of Whitby. York, 1779, in-i“.
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Quant à Waller Scott, il a, comme on sait, introduit Robin Hood dans son roman sous le nom de Locksley. Eu effet, le coureur des bois prenait quelquefois ce nom, de même qu’il s'affublait de mille travestissements pour dérouter les poursuites
Nous sommes au tournoi d’Asliby, ou du moins à l’issue de ce fameux tournoi, quand le roi Jean, mécontent d’un archer qu’il avait remarqué dans la foule et qui s’était permis à son égard quelques réflexions malsonnantes, le force à prendre part au tir de l’arc qui termine la fête. On place comme but un bouclier ; parmi les concurrents se trouve un garde qui parait être le plus habile de tous. Ce tireur chassait de race, car il répète à tout propos; « Mon bisaïeul portait un long et fameux arc à la bataille d’Hastings; j’espère ne pas me montrer indigne de lui. » Le garde se met donc à fixer le but avec la plus grande attention, lève l’arc au niveau de son front : le Irait s’enfonce dans le cercle intérieur du bouclier, mais non exactement au point central. « Vous n’avez pas fait attention au vent, dit son antagoniste; autrement, vous auriez tout à fait réussi. »
Cependant, on recommence l'épreuve, Locksley n’ayant pas atteint en plein le but, quoiqu’il eût frappé à deux pouces plus près du centre que son concurrent: « l'ar la lumière du ciel ! s’écrie le prince Jean à son garde, si tu as le malheur de le laisser vaincre par ce drôle, tu mérites les galères. — Dût Votre Altesse me faire pendre, un homme ne peut faire que de son mieux. Cependant... mon bisaïeul porlait un bon arc... — La peste soit de ton bisaïeul et de toute sa génération ! s’écrie le prince ;
* Ce n’était pas un nom de fantaisie, car Robin Ilood avait vu le jour vers HCO, dans un village appelé Locksley ou Laxloy. A la vérité, des critiques ont prétendu qu’il n’a jamais existé d’endroit de ce nom, ni dans le comté de ^■otlingham, ni dans celui d’York.
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tends ton arc, maladroil, vise de ton mieux, ou gare à toi! »
Cette fois, en effet, le tireur ne néglige point l’avis que vient de lui donner son adversaire, il calcule l’effet du vent sur la flèche qu’il tient prête, et le trait s’attache au centre même du bouclier. Le peuple de crier : « Bravo ! bravo! vive le garde!» — Et le prince de dire à son tour avec un sourire ironique : « Je te défie, Locksley, de frapper plus juste ! » Locksley répond simplement ; « Je vais faire une entaille à sa flèche. » Effectivement il vise, et son trait met en pièces celui de son antagoniste.
« Ce n’est pas un homme, c’est un diable ! s’écrient les spectateurs émerveillés d’un tel tour de force; jamais pa* reil prodige ne s’est vu depuis qu’on tire de l’arc en Angleterre. »
« Et maintenant, dit Locksley en s’adressant au prince, je solliciterai de Votre Grâce la permission de planter un but pareil à ceux dont nous autres gens du Nord usons habituellement. » Locksley s’éloigne et revient bientôt tenant à la main une baguette de saule d’environ 6 pieds de long, parfaitement droite, qui avait un peu plus d’un pouce d’épaisseur. « C’est faire injure à l’adresse d’un bon tireur, dit-il tout en décortiquant la baguette, que de lui proposer pour but un bouclier aussi large que celui-ci. Pour ma part, dans le pays où je suis né, on aimerait tout autant prendre pour but la table ronde du roi Arthur, autour de laquelle soixante chevaliers pouvaient s’asseoir à leur aise. Ce but est bon pour un enfant de sept ans. En môme temps, il se dirige vers l’autre bout de l’avenue, et plante dans le gazon la tige flexible, en disant : « Celui qui atteint ce but à trente pas, je le déclare bon archer, digne de porter l’arc et le carquois devant un souverain, fût-ce devant le grand Richard Ini-mèmc. »
— Mon bisaïeul, à la bataille d'Hastings, décocha une
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flèche qui lui fit beaucoup d’honneur, reprend le garde; mais jamais il ne s’est avisé, ni moi non plus, de choisir une pareille cible. Si cet archer touche la baguette, je lui rends les armes, car il faut que le diable s’en mêle. .Après tout, un homme ne peut faire que de son mieux ; et je ne tirerai pas, étant sûr de manquer mon coup. J’aimerais autant viser le bord du petit couteau de notre pasteur, ou un brin de paille, ou un rayon de soleil, que cette ligne blanchâtre et mouvante que mes yeux peuvent à peine distinguer.
— Chien de poltron ! dit le prince. Et toi, Locksley, lance ta llèche; si elle touche la baguette, je conviendrai que tu es le premier de tous les tireurs que j’aie jamais rencontrés. Mais avant de te concéder ce litre, il faut que tu nous donnes une preuve éclatante de ton adresse. — Comme dit mon adversaire, je ferai de mon mieux, répond Lokslcy ; on ne peut exiger davantage.
A ces mots, il tend de nouveau son arc, l’examine avec soin, en change la corde <pii, ayant servi déjà deux fois, n’élail plus tout à fait ronde, ajuste, et tandis que les spectateurs retiennent leur haleine de peur de le troubler, il coupe en deux avec sa llèche la baguette de saule.
Ce Irait, Walter Scott, comme nous l’avons dit, l’a emprunté à une ballade plus ancienne, la Ballade d’Adam Bell, de Clément de la Vallée, et de miliam Cloudesly, trois outlaws, qui sont les prédécesseurs de Iiobin-Hood.
Pcut-onraiigercetrio parmi les personnages historiques? C’est ce qu'il est assez difficile de déterminer. La ballade dont nous parlons les fait naître dans la province de Cumberland ; c’étaient des amis qu’on n’aurait pu séparer, pas plus que Robin Hood ne peut' être séparé de Petit-Jean et du frère Tiick. Or, ces trois hardis cpmpères, s’élant rendus coupables d’un délit de chasse, furent mis hors la loi et obligés de prendre la fuite pour se soustraire au
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châtiment qui les attendait. « Réunis par le même sort, dit Augustin Thierry, ils se jurèrent fraternité suivant la coutume du siècle, et s’en allèrent ensemble habiter la forêt d’inglewood, que la vieille ronianctî nomme English Wood, entre Carliste et Penrith. Adam et Clément n’étaient point mariés; mais William avait une femme et des enfants que bientôt il s’ennuya de ne plus voir. Un jour, il dit à ses deux compagnons qu’il voulait aller à Carliste visiter sa femme et ses enfants : « Frère, lui rèpondirent-ils, ce n’est pas notre avis; car si le justicier te prend, tu es un homme mort. »
William partit, malgré ce conseil, et arriva de mut dans la ville. Reconnu par une vieille femme, à laquelle pourtant il avait rendu jadis quelques services, il fut dénoncé, fait prisonnier et condamné à être pendu.
Mais William, ainsi que Robin Ilood, était l’ami du peuple; un petit garçon qui, en gardant son troupeau dans le bois, avait souvent rencontré William et reçu de lui des secours soit en argent, soit en provisions, counit avertir ses deux compagnons, qui le délivrèrent; « De ce jour, dit William, nous vivrons et mourrons ensemble, et si jamais vous avez de moi le même besoin que j’ai de vous, vous me trouverez comme aujourd’hui je vous trouve. »
Cependant, les trois amis finissent par se dégoiiter de la vie aventureuse et agitée qu’ils mènent, et par entrer en pourparlcr avec les agents de l’autorité royale. Ils se rendent à Londres, à l’hôtel du roi, pour lui demander une charte de paix.
Grâce à l’intercession de la reine, ils obtiennent leur pardon; mais, voilà qu’au moment même oii le roi s’engage sur parole à oublier le passé, arrive un messager apportant la nouvelle d’affreux excès commis récemment par les trois compères dans la ville de Carlisle. Le prince était à table ; cette nouvelle produit sur lui l’effet d’un coup
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de foudre; il s'écrie : « Qu’on ôte le couvert, je ne puis plus manger. » Il déclare alors aux trois frères d’armes qu’il va les mettre en présence de ses propres archers ; la mort sera leur châtiment s’ils ne remportent pas la victoire.
Les archers tendent leurs bons arcs d’if, regardent si la corde est bien arrondie, et lancent leurs traits qui frappent droit au but.
Alors, William de Gloudesly éleve la voix et dit : « Par le nom de celui qui est mort pour nous, je ne regarde pas comme un bon archer celui qui vise un but si large. — Indique-moi donc, dit le roi, le but qu’il te convient de choisir. — Sire, c’est celui qui est en usage dans nos forêts. » William s’avance dans la prairie avec ses deux frères et plante en terre une baguette de coudrier. Puis il prie les assistants de vouloir bien rester immobiles, car, pour gagner un tel prix, il a besoin d’une main ferme. Et choisissant un terrain plat, il fend en deux la baguette.
Il arriva pourtant une fois que Robin Hood manqua son but, du moins une ballade le raconte* ; il manqua le but d’une distance de plus de trois doigts {three fingers ami more) et sur-le-champ, il jeta l’arme loin de lui.
Le rôle et le caractère de ces oullaivs, de William de Gloudesly et surtout de Robin Hood, a été singulièrement agrandi et ennobli par l’historien de la conquête des Normands. Sous sa plume. Robin Hood n’est plus le chef d’une bande d’aventuriers, c’est un patriote qui lutte à sa manière contre les envahisseurs du sol, contre l’étranger vainqueur. La bande qu'il commande est composée des restes de ces Saxons vaincus, qui ne voulaient pas reconnaître l’autorité des rois normands, et qui aimaient mieux
* Voy. Mcry geste of Hobyn Hode [une Joycuselé de Robiit-Hood), dans Percy : lieUquies of English poetry, London, 1765, t. I”.
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errer en plein air, sans abri, hors la loi, que de vivre tranquilles chez eux, en acceptant la loi du plus fort.
Rien ne prouve mieux le goût du peuple anglais pour le tir à l’arc, que la vénération dont la mémoire de Robin Hood fut entourée, dans les premières années qui suivirent sa mort. On l’honora comme un saint; il eut son jour de fête, pendant lequel les campagnes chômaient, les paysans n’ayant d’autre souci que de festoyer, de danser et de tirer de l'arc. « .\u quinzième siècle, ccl usage était encore ohseiTé, dit Aug. Thierry, et les fils des Saxons et des ^’ormands prenaient en commun leur part de ces divertissements populaires, sans songer qu’ils étaient un monument de la vieille hostilité de leurs aïeux. Ce jourlà, les églises étaient désertes, comme les ateliers; aucun saint, aucun prédicateur ne l’emportait sur Robin Hood, et cela dura même après que la Réforme eut donné en Angleterre un nouvel essor au zèle religieux. C’est un fait attesté par un évêque anglican du seizième siècle, le célèbre et l’espectable Latimer.
« En faisant sa tournée pastorale, il arriva le soir dans une petite ville, près de Londres, et fit avertir qu’il prêcherait le lendemain, parce que c’était jour solennel. « Le lendemain, dit-il, je me rendis à l’église; mais à mon grand étonnement, j’en trouvai les portes fermées. J’envoyai chercher la clef, et l’on me fit attendre une heure et plus; enfin, un homme vint à moi et me dit ; « Messire, « ce jour est un jour de grande occupation pour nous; « nous ne pouvons vous entendre. Car cest le jour de « Uohin Hood; tous les gens de la paroisse sont au loin à « couper des branches pour Robin Hood, vous les atten- « driez inutilement. » L’évêque s’était revêtu de son costume ecclésiastique ; il fut obligé de le quitter et de continuer sa route, laissant la place aux archers habillés de vert, qui jouaient sur un théâtre de feuillée les rôles
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de Robin Hood, de Pctit-Jean et de toute la bande. »
Était-ce au retour d’une de ces fêtes ou bien en revenant de cueillir le mai, coutume à laquelle les Anglais d’autrefois étaient fort attachés, que le roi Henri VIII fut accosté par un archer de la manière qu’on va voir?
« Dans la deuxième année du règne d’Henri Vlll, dit le chroniqueur Ilolinshed, Sa Grâce qui était fort jeune, et qui ne voulait pas rester oisive, se leva de bon matin un jour de mai, pour aller cueillirdes branches vertes; il était richement vêtu; ses chevaliers, écuyers et gentilshommes en satin blanc, ses gardes et ijeomen (métayers) de la couronne en taffetas blanc, chaque homme portait un arc et des flèches; on tira dans le bois, et on revint, chacun ayant à son chapeau un rameau vert. Le peuple qui avait appris l’excursion du prince, désirait le voir à l’œuvre ; car, à cette époque, Sa Grâce tirait aussi loin et aussi bien qu’aucun de scs gardes. C’est alors qu’un homme se présenta, avec son arc et ses flèches, et pria le prince de s’arrêter un instant pour le regarder tirer. Sa Grâce, qui était de bonne humeur, accéda volontiers à ce désir. L’archer cacha son pied dans son vêtement, à la hauteur de la poitrine, et dans cette posture, tira en plein dans la cible, ce que Sa Grâce et tous les assistants admirèrent beaucoup. Il reçut une bonne récompense pour ce trait d’adresse, et depuis, dans le peuple et à la cour, il ne fut plus appelé que Pied dans le sein (Foot-in-Bosom). »
‘ Les rois d’Angleterre portèrent ce titre jusqu’à Uenri Vlll.