‹ Merveilles de la force et de l'adresse Agilitésouplesse, dexte̋rité. Les exercices du corps chez les anciens et chez les modernesChapitre 66 sur 104 · LES PEUPLES CÉLÈBRES POUR LE TIR DE L’ARC · texte numérisé non relu

LES PEUPLES CÉLÈBRES POUR LE TIR DE L’ARC

En Grèce, les Cretois n’étaient pas le seul peuple habile à manier l’arc.

On sait que Philippe, roi de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, était borgne; cet accident lui était venu d’une flèche lancée par un habile archer d’Âmphipolis, nommé Aster, mécontent du roi, qui n’avait pas accepté ses services. En effet, il était allé trouver Philippe pour s’engager dans son armée. Il vantait son habileté dans le tir de l’arc : « Jamais, lui avait-il dit, je n’ai manqué une hirondelle au vol. — Eh bien, lui avait répondu Philippe, qui croyait au-dessous de lui de se servir d’un tel auxiliaire, je te prendrai quand je ferai la guerre aux hirojidelles. » L’archer ainsi congédié résolut de tirer vengeance de cet affront. Philippe ayant mis le siège devant la ville de Méthone, Aster se jeta dans la place et, du haut des remparts, observa tous les mouvements de son ennemi ; un jour, ayant aperçu le roi qui sortait du camp à la tête d’un corps de troupes et s’avançait vers une des portes de la ville, il lui décocha une flèche portant celte inscription : A l’œil droit de Philippe. Philippe éborgné fit lancer dans la place une autre flèche avec ces mots : « Si la ville est prise, Aster sera pendu. » Leroi s’empara de la ville, c’est assez dire que la menace fut accomplie. Depuis cet accident, le roi ne permettait plus qu’on parlât de borgnes devant lui.

Les Romains ne regardaient pas l’arc comme une arme nationale; les archers qui servaient dans leur armée étaient des mercenaires. Cependant, les empereurs ne dédaignaient pas de se livrer à cet exercice.

Domitien, qui n’était pas d’ailleurs grand amateur des armes ni de la guerre, prenait plaisir à tirer de l’arc et y excellait. On le voyait, sur ses domaines, abattre des centaines d’animaux, s’amusant à diriger ses flèches de façon à ce quelles restassent plantées symétriquement sur le

l Oltr.E ET AOIIESSE.

dos de la hèle, une à droite, une à gauche, comme deux eonies ualurelles. C’est lui qui faisait placer un enfant à distance, la main droite levée en l’air et les doigts écartés; et telles étaient son adresse et la sûreté de son coup, d’œil que ses Mèches passaient dans les intervalles, sans, même eflleurer la peau.

L’empereur Commode était encore plus adroit. Les Parthes et les Maures lui avaient donné des leçons, les premiers lui apprenant à tirer de l’arc, les seconds à lancer le javelot; mais l'écolier avait bieutût surpassé tous scs maîtres, qui s’extasiaient sur sa prodigieuse adresse, car il ne manquait jamais un coup et frappait autant d'animaux qu’il en visait. Un jour (c’est llérodien qui raconte cette prouesse et les suivantes), il fit entrer cent lions dans l’arène et les abattit tons l’im après l’autre avec un nombre égal de javelots. On les laissa couchés sur le sable afin que chacun pût venir les compter à son aise et constater, par ses propres yeux, l’adresse de l’empereur. — 11 avait oïdonné des jeux publics et fait annoncer qu’il paraîtrait, en personne, dans le drque, et tuerait à lui seul toutes les bêtes qui seraient lâchées. Celte nouvelle attira dans Home les peuples de l’ilalie entière. Au jour convenu, les curieux aflluaient dans l’amphithéâtre pour voir un spectacle si surprenant ; autour du ciitpie, s’élevait nue galerie du haut de la(juclle l’empereur devait montrer son adresse. Il l’exerça d’abord sur des cerfs, des daims et d’autres bêtes inoffensives qu’il poursuivait, en courant, du haut de son belvédère; il se servit ensuite de javelots contre les lions et les animaux plus féroces. Jamais il ne visait deux fois le même, car tous ses coups étaient mortels; il frappait au front ou droit dans le cœur. Il avait, rassemblé pour la circonstance les bêtes les plus rai'es et les plus extraordinaires, qu’on avait tirées de l’Éthiopie et des Indes. C’est Domitien qui le premier fit voir êt Home

l.ES l'ELI'LES CÉLÈBRES POI R lÆ TIR DE L ARC. ‘283

des espèces d’animaiix qu’on n’y connaissait encore qir’en peinture. Dans le nombre se trouvaient des autruches de Mauritanie, qui étonnèrent les Romains par la vitesse de leur course et surtout par le déploiement de leurs ailes semblables à des voiles que gonfle le souffle du vent. Commode les tirait du haut de son promenoir, avec des flèches dont le fer était en croissant; son tir était si juste qu’il tranchait littéralement la tète à chacune d’elles. Elmportées par leur élan, les pauvres bêtes couraient encore quelque temps, en cet état.

Une autre fois, voyant un homme entre les griffes d’une panthère ou d’un léopard, sur le point d’être étouffé et dévoré. Commode, d’un coup de flèche, tua l’animal sans loucher l’homme. Ce trait d’adresse en rappelle un autre, plus remarquable encore, dont il est question dans une épigi'amme votive de V Anthologie grecque.

C’est un père qui aperçoit son fils aux prises avec un serpent, et qui hésite entre le désir de sauver l’enfant, et la crainte de lui faire du mal.

M Alcon, à la vue de son enfant, qu’étreignait un serpent au venin mortel, d’une main tremblante lendit son arc. Il ne manqua pas le monstre; car la flèche pèMètra dans sa gueule, un peu au-dessus de la tète 'du petit enfant. .Ainsi fut tué le serpent, et le père a suspendu à ce chêne son arc, en témoignage de son honheur et de son adresse*. »

Les archers de l’anticiuité lançaient leurs flèches à une distance de 57i pieds, à ce que rapporte Végèce, et l’on prétend qu’avec ce léger projectile, ils causaient plus de ravages que l’infanterie n’en occasionna dans les premiers temps de l’invention des armes à feu.

Les Grecs de l’empire d’Orient n’étaient pas moins ha-

' Anthologie yrrequc. Edit. Ilaclielte, t. I, page l’22.

fo!u;e et adresse.

biles que leurs ancêtres. Zosime, historien du cinquième siècle, parle d’un archer appelé Mèuèlas, qui d’un seul arc décochait à la fois trois flèches dont chacune allait toucher un but différent. Comment cet homme, n’ayant que deux yeux, s’y prenait-il pour accomplir ce tour d’adresse? Ou ne ledit pas. A coup sûr il devait être plus que louche. Mais ces peuples furent eux-mêmes fort étonnés, quand ils virent les archers de la croisade lancer leurs flèches avec tant de vigueur que les projectiles traversaient les boucliers les plus épais, et au dire d’Anne Comnène, s’enfonçaient même tout entiers dans les remparts des villes. Pour tendre leurs arcs, les barbares — car c’est ainsi que les historiens grecs appellent les croisés — se renversaient sur le dos, puis appuyant leurs pieds contre le bois de l’arc, amenaient la corde à la hauteur de leurs yeux et tiraient dans cette singulière position.

Au reste, c’est la posture que prennent certains peuples sauvages pour tirer de l’arc. Le peintre Debret a vu, dans les environs de la ville de San Pedro, de Cantagallo (Brésil), des Indiens qui lançaient ainsi leurs flèches avec une adresse surprenante.

Pour exécuter ce tour de force, ils choisissent d’ordinaire le plus petit de leurs arcs. Puis, tout à coup, se redressant sur leurs pieds, ils décochent leur trait perpendiculairement au-dessus de leur tête, de façon à ce que le trait retombe dans l’intérieur d’un cercle, dont le tireur occupe le point central

Ces Indiens, nommés Cabôclos, rendent de grands services aux naturalistes et aux voyageurs, qu’ils guident à travers les forêts vierges ; aux premiers ils procurent les ^oiseaux et les animaux rares dont ils ont besoin pour leurs

‘ Voyage pittoresque et historique nu Brésil, 1813-31 . 7 - Paris, Didot, 1831-1839. 3 vol. in-? avec 114 planches.

Les Cabôclos, au Brésil.

LES PEUPLES CÉLÈBRES l‘UlR LE TIR DE L’ARC.

collections; les seconds, yrAce à eux, sont toujours a{»provisionnés de gibier et de poisson frais .

‘ M. Ferdinaiid Denis, qui coniiait si bien tout ce qui concerne le Brésil, qu’il a parcouru avant d’en écrire l'iiisloire, nous a raconlé que les Indiens de ce pavs chassent l’oiseau-mouche avec des flèches dont les jwinics sont garnies de grains de maïs, afin que le plumage délicat de l’oiseau ne soit pas endommagé par le projectile. Dans une de ses excursions, il eut pour un guide un Indien (pii s’amusait à tirer les oiseaux-mouches qu’il rencontrait, et qui, ne voulant pas les tuer, mSis simplement montrer son adresse au voyageur, se contentait de leur effleurer le bout de la queue.

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